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En qué se basa

Didier Romain

A quoi ça tient

Je n'ai jamais aimé l'école,
L'odeur du cuir, les heures de colle,
Les résumés d'histoire de France,
J'étais un vieil enfant trop sage
Qui f'sait semblant de faire son âge
Parmi les loups sans élégance,
J'avais dans la tête une fleur
Dont les pétales faisaient peur
C'est pas facile de vivre avec,
Allez savoir à quoi ça tient
De naître noir ou blond ou brun
Ou d'être gay...

J'ai passé ma p'tite enfance
Avant l'âge des préférences
Entre marelles et jeux de billes,
J'ai eu des amours enfantines,
J'ai même fait docteur en médecine
Pour voir sous les jupes des filles,
Je dessinais des mannequins
Sur des feuilles de papier dessin,
Des seins de femmes,
Des hanches de mec,
Je passais les fringues de ma mère
Et ses pinceaux sur les paupières,
Je divaguais

J'ai découvert avec les hommes
La chair et les pépins de pommes,
Le réconfort de l'âme frère,
J'ai connu le regard hostile
Des bien-pensants, des imbéciles
Et le mépris majoritaire
Le jour où mon père l'a su
Le ciel lui est tombé dessus,
C'était vingt ans d'foutus ou presque
Entre la tendresse de ma mère
Et les silences de mon père,
Je naviguais

Et puis un jour on d'vient adulte,
On n'entend même plus les insultes,
On n'a plus trop de temps à perdre,
Alors tous ceux qui privent de ciel
L'amour au masculin pluriel
On n'a pas l'choix, on les emmerde,
Depuis je cueille les fleurs du mâle,
Heureux de vivre en diagonale
Comme un fou sur son jeu d'échecs
Allez savoir à quoi ça tient,
De naître noir ou blond ou brun
Ou d'être gay...

En qué se basa

Nunca me gustó la escuela,
El olor a cuero, las horas de castigo,
Los resúmenes de historia de Francia,
Era un viejo niño demasiado obediente
Que fingía ser de su edad
Entre lobos sin elegancia,
Tenía en la cabeza una flor
Cuyos pétalos asustaban
No es fácil vivir con eso,
Quién sabe en qué se basa
En nacer negro, rubio o castaño
O en ser gay...

Pasé mi infancia
Antes de la edad de las preferencias
Entre rayuelas y canicas,
Tuve amores infantiles,
Incluso me hice doctor en medicina
Para ver debajo de las faldas de las chicas,
Dibujaba maniquíes
En hojas de papel
Senos de mujeres,
Caderas de hombres,
Me ponía la ropa de mi madre
Y sus pinceles en los párpados,
Divagaba

Descubrí con los hombres
La carne y las semillas de manzana,
El consuelo del alma gemela,
Conocí la mirada hostil
De los bienpensantes, de los imbéciles
Y el desprecio mayoritario
El día que mi padre lo supo
El cielo se le vino encima,
Fueron veinte años casi perdidos
Entre la ternura de mi madre
Y los silencios de mi padre,
Navegaba

Y un día uno se vuelve adulto,
Ni siquiera escucha los insultos,
Ya no hay tiempo que perder,
Así que a todos los que privan del cielo
Al amor en masculino plural
No tenemos opción, los mandamos a la mierda,
Desde entonces recojo las flores del macho,
Feliz de vivir en diagonal
Como un loco en su juego de ajedrez
Quién sabe en qué se basa
En nacer negro, rubio o castaño
O en ser gay...

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