395px

La anguila

Drôle de Sire

L'anguille

Un bout de clope au bec, le bout du bec dans l'eau
Je clopine sur ma bicyclette
Et les roues dentelées de mon petit vélo
Chantent et tournicotent à tue-tête
J'ai le coeur en cavale, le cerveau qui déraille
Les yeux cernés de tes pirouettes
Comme j'ai l'air d'un squelette
Je mets des épaulettes
Et puis je file, file, file à ton bercail

Tu fais l'anguille
Et tu me tires la langue
Tu me traites de pacotille
Mensonge !
Je toque à ta coquille
Attention : big-bang
Tes pupilles me torpillent
Et me rongent

Au pied de ton immeuble, au bout de ma vadrouille
Je ligote ma bicyclette
Je rouspète après ce vieux cadenas qui rouille
Et je m'en fous plein les pincettes
N'ayant pas trouvé mieux pour noyer le poisson
J'écris ton nom sur mes chaussettes
La concierge me guette
Je lui fais des courbettes
Et je rends de copieux hommages au paillasson

Tu fais l'anguille
Et tu me tires la langue
Tu me traites de pacotille
Mensonge !
Je toque à ta coquille
Attention : big-bang
Tes pupilles me torpillent
Et me rongent

Dans l'escalier j'improvise une petite bafouille
Tout en crachant mes cigarettes
Je ne sais plus trop si j'ai le trac ou la trouille
Mon dentier joue des castagnettes
Dix fois je recommence le compte à rebours
Un doigt posé sur ta sonnette
Puis sur un coup de tête
Me traitant de mauviette
J'enfonce le bouton en hurlant à l'amour

Tu fais l'anguille
Et tu me tires la langue
Tu me traites de pacotille
Mensonge !
Je toque à ta coquille
Attention : big-bang
Tes pupilles me torpillent
Et me rongent

Le parquet défoncé, les bruits du radiateur
Ce vieux plafond qui tombe en miettes
De ton maudit palier j'ai tout appris par coeur
Jusqu'à la dernière allumette
J'ai tant sonné, j'ai tant gratté, mais pour finir
Comme ta porte était muette
J'ai troué ta carpette
Avec mes cigarettes
Je jurerais avoir vu ton judas frémir

Tu fais l'anguille
Et tu me tires la langue
Tu me traites de pacotille
Mensonge !
Je toque à ta coquille
Attention : big-bang
Tes pupilles me torpillent
Et me rongent
Et me rongent
Et me rongent
Me torpillent et me rongent
Et me rongent rongent rongent rongent rongent

La anguila

Un trozo de cigarrillo en la boca, el pico en el agua
Cojeo en mi bicicleta
Y las ruedas dentadas de mi pequeña bici
Cantan y giran a todo pulmón
Tengo el corazón en fuga, el cerebro descarrilado
Los ojos marcados por tus piruetas
Como un esqueleto parezco
Me pongo hombreras
Y luego me voy, voy, voy a tu madriguera

Tú haces la anguila
Y me sacas la lengua
Me llamas de poca monta
¡Mentira!
Toqué en tu caparazón
¡Atención: big-bang!
Tus pupilas me torpedean
Y me corroen

Al pie de tu edificio, al final de mi paseo
Ato mi bicicleta
Me quejo de ese viejo candado oxidado
Y me importa un comino
No encontrando nada mejor para despistar
Escribo tu nombre en mis calcetines
La portera me observa
Le hago reverencias
Y rindo homenaje al felpudo

Tú haces la anguila
Y me sacas la lengua
Me llamas de poca monta
¡Mentira!
Toqué en tu caparazón
¡Atención: big-bang!
Tus pupilas me torpedean
Y me corroen

En la escalera improviso unas líneas
Mientras escupo mis cigarrillos
Ya no sé si tengo nervios o miedo
Mi dentadura castañetea
Diez veces reinicio la cuenta regresiva
Un dedo en tu timbre
Luego, de repente
Tratándome de cobarde
Presiono el botón gritando al amor

Tú haces la anguila
Y me sacas la lengua
Me llamas de poca monta
¡Mentira!
Toqué en tu caparazón
¡Atención: big-bang!
Tus pupilas me torpedean
Y me corroen

El parquet destrozado, los ruidos del radiador
Ese viejo techo que se desmorona
De tu maldito rellano me aprendí todo de memoria
Hasta el último fósforo
He llamado tanto, he golpeado tanto, pero al final
Como tu puerta estaba en silencio
Atravesé tu alfombra
Con mis cigarrillos
Juraría haber visto tu mirilla estremecerse

Tú haces la anguila
Y me sacas la lengua
Me llamas de poca monta
¡Mentira!
Toqué en tu caparazón
¡Atención: big-bang!
Tus pupilas me torpedean
Y me corroen
Y me corroen
Y me corroen
Me torpedean y me corroen
Y me corroen corroen corroen corroen corroen

Escrita por: