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Concesiones

Jean Ferrat

Concessions

Avant que je vous fréquente, je vivais dans un taudis
Une espèce de soupente où j'entassais mon fourbi
Je veux bien ma chère Estelle, résider dans vos maisons
Vivre dans vos grands hôtels ou vos manoirs à la con
Mais pas dans une forteresse pour décrocher tes caresses

Avant que je sois sinoque, affolé par vos appâts
Je vous aurais dit: Ton vioc, au lieu devotre papa
Je veux bien, pour vous complaire, apprendre votre jargon
Dire: Monsieur votre Père, est bête au lieu d'un peu con
Mais j'dirai pas mes hommages en dégrafant ton corsage

Avant que je m'amourache de votre petit chignon
Je vivais comme un apache, je bouffais comme un cochon
Je veux bien bergeronnette, vous faire une concession
Me servir dans une assiette sur une nappe à la con
Mais j'prendrai pas des pincettes pour enlever ta jupette

Avant que je me dévoue aux travaux de Cupidon
Je menais, je vous l'avoue, une vie de patachon
Je veux bien, mon églantine, changer mes fréquentations
Mais j'userai pas mes bottines dans tes cocktails à la con
Je mettrai pas de jaquette pour soulever ta liquette

Avant que je vous connaisse, je chopinais du rouquin
Vous buviez du vin de messe ou du Vichy-Célestins
Je veux bien, ma chère amie, sacrifier quelques canons
Mais je veux pas d'eau rougie ni de tisane à la con
Je ne boirai pas d'la flotte pour enlever ta culotte

Concesiones

Antes de conocerte, vivía en un barrio marginal
Una especie de ático donde apilaba mis cosas
Me gustaría, querida Estelle, residir en vuestras casas
Vivir en tus grandes hoteles o en tus estúpidas mansiones
Pero no en una fortaleza para recibir tus caricias

Antes de que me convierta en un sinoque, enloquecido por tus cebos
Te lo hubiera dicho: Tu viejo, en lugar de tu papá
Me encantaría aprender tu jerga para complacerte
Decir: Tu padre es tonto en lugar de un poco tonto
Pero no te diré mis respetos desabrochando tu corpiño

Antes de enamorarme de tu pequeño bollo
Vivía como un apache, comía como un cerdo
Estoy feliz de hacerte una concesión, lavandera
Sírveme en un plato sobre un estúpido mantel
Pero no usaré pinzas para quitarte la falda

Antes de dedicarme a las labores de Cupido
Llevé, te lo confieso, una vida de vagabunda
Me alegro, mi dulce zarza, de cambiar de compañía
Pero no desgastaré mis botas con tus estúpidos cócteles
No usaré una chaqueta para levantarte la camisa

Antes de conocerte, yo ligaba con pelirrojas
Bebiste vino sacramental o Vichy-Célestins
Estoy dispuesto, querido amigo, a sacrificar algunos cañones
Pero no quiero agua roja ni té de hierbas estúpido
No beberé agua para quitarte las bragas

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