395px

El Jinete

Jean Ferrat

La cavale

Vingt ans au bagne ou à perpette, les gaffes collés sur les arêtes
Comme des empreintes digitales, malgré les chaînes et les boulets
Vissés dans l'âme et dans les pieds, les assassins et les pédales
Elle reste nichée dans ta tête, avec des couleurs de pâquerette
De petite fleur qui met les voiles, la cavale, la cavale

Avec ces amours qui s'arrêtent, pas plutôt dites qu'aussitôt faites
Pour devenir loi conjugale, trois mômes et la vie à perpette
Avec une femme qui te débecte comme un paquet de linge sale
Elle est nichée dans ta cervelle avec des allures de pucelle
Qu'on finit pas d'ôter ses voiles, la cavale, la cavale

Malgré l'avenir qu'on projette sur tes vingt ans comme une arête
Ou tu t'étrangles ou tu l'avales, avoir à l'âge de la retraite
Quatre poireaux en vinaigrette pour satisfaire ta fringale
Elle te fait sortir dans la rue en levant tes deux poings aux nues
Pour tenter d'atteindre une étoile, la cavale, la cavale

Avec pour couronner la fête, ce régime sur les arêtes
Qu'en finit pas de faire la malle avec ses requins, ses poulets
Avec ses banquiers, ses valets et leurs discours sur la morale
Elle reste nichée dans ta tête avec des couleurs de pâquerette
De petite fleur qui met les voiles, la cavale, la cavale

El Jinete

Veinte años de prisión o cadena perpetua, con meteduras de pata pegadas en los bordes
Como huellas dactilares, a pesar de las cadenas y las pelotas
Atornillados en el alma y en los pies, los asesinos y los pedales
Se queda en tu cabeza, con colores de margaritas
De la pequeña flor que zarpa, la carrera, la carrera

Con estos amores que terminan, dicho y hecho
Convertirse en ley marital, tres hijos y vida a perpetuidad
Con una mujer que te repugna como un montón de ropa sucia
Ella está anidada en tu cerebro con el encanto de una virgen
No terminemos de quitarnos los velos, la fugitiva, la fugitiva

A pesar del futuro que se proyecta sobre tus veinte años como un hueso
O te ahogas o te lo tragas, habiendo llegado a la edad de jubilación
Cuatro puerros en vinagreta para saciar el hambre
Ella te hace salir a la calle levantando los dos puños al cielo
Para intentar alcanzar una estrella, corre, corre

Para rematar la fiesta, esta dieta está al límite
¿Quién no deja de hacer las maletas con sus tiburones y sus gallinas?
Con sus banqueros, sus ayudas de cámara y sus discursos sobre la moral
Se queda en tu cabeza con colores de margaritas
De la pequeña flor que zarpa, la carrera, la carrera

Escrita por: Jean Ferrat