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Que los padres y las madres

Léo Ferré

Que les pères et les mères

Que les pères et les mères
Que ceux qui t'ont fait
Que ceux qui ont fait tous les autres
Que les "monsieur"
Que les "madame"
Que les "assis" dans les velours glacés, soumis, mollasses
Que ces horribles magasins bipèdes et roulants
Qui portent tout en devanture
Tous ceux-là à qui tu pourras dire:

Monsieur!
Madame!

Laissez donc ces gens-là tranquilles
Ces courbettes imaginées que vous leur inventez
Ces désespoirs soumis
Toute cette tristesse qui se lève le matin à heure fixe pour aller gagner vos sous,
Avec les poumons resserrés
Les mains grandies par l'outrage et les bonnes mœurs
Les yeux défaits par les veilles soucieuses...
Et vous comptez vos sous?
Pardon.... leurs sous!

Ce qui vous déshonore
C'est la propreté administrative, écologique dont vous tirez orgueil
Dans vos salles de bains climatisées
Dans vos bidets déserts
En vos miroirs menteurs...

Vous faites mentir les miroirs
Vous êtes puissants au point de vous refléter tels que vous êtes
Cravatés
Envisonnés
Empapaoutés de morgue et d'ennui dans l'eau verte qui descend
des montagnes et que vous vous êtes arrangés pour soumettre
A un point donné
A heure fixe
Pour vos narcissiques partouzes.
Vous vous regardez et vous ne pouvez même plus vous reconnaître
Tellement vous êtes beaux
Et vous comptez vos sous
En long
En large
En marge
De ces salaires que vous lâchez avec précision
Avec parcimonie
J'allais dire "en douce" comme ces aquilons avant-coureurs et qui racontent les exploits du bol alimentaire, avec cet apparat vengeur et nivellateur qui empêche toute identification...
Je veux dire que pour exploiter votre prochain, vous êtes les champions de l'anonymat.

Les révolutions? Parlons-en!
Je veux parler des révolutions qu'on peut encore montrer
Parce qu'elles vous servent,
Parce qu'elles vous ont toujours servis,
Ces révolutions de "l'histoire",
Parce que les "histoires" ça vous amuse, avant de vous intéresser,
Et quand ça vous intéresse, il est trop tard, on vous dit qu'il s'en prépare une autre.
Lorsque quelque chose d'inédit vous choque et vous gêne,
Vous vous arrangez la veille, toujours la veille, pour retenir une place
Dans un palace d'exilés, entouré du prestige des déracinés.
Les racines profondes de ce pays, c'est Vous, paraît-il,
Et quand on vous transbahute d'un "désordre de la rue", comme vous dites, à un "ordre nouveau" comme ils disent, vous vous faites greffer au retour et on vous salue.

Depuis deux cent ans, vous prenez des billets pour les révolutions.
Vous seriez même tentés d'y apporter votre petit panier,
Pour n'en pas perdre une miette, n'est-ce-pas?
Et les "vauriens" qui vous amusent, ces "vauriens" qui vous dérangent aussi, on les enveloppe dans un fait divers pendant que vous enveloppez les "vôtres" dans un drapeau.

Vous vous croyez toujours, vous autres, dans un haras!
La race ça vous tient debout dans ce monde que vous avez assis.
Vous avez le style du pouvoir
Vous en arrivez même à vous parler à vous-mêmes
Comme si vous parliez à vos subordonnés,
De peur de quitter votre stature, vos boursouflures, de peur qu'on vous montre du doigt, dans les corridors de l'ennui, et qu'on se dise: "Tiens, il baisse, il va finir par se plier, par ramper"
Soyez tranquilles! Pour la reptation, vous êtes imbattables; seulement, vous ne vous la concédez que dans la métaphore...
Vous voulez bien vous allonger mais avec de l'allure,
Cette "allure" que vous portez, Monsieur, à votre boutonnière,
Et quand on sait ce qu'a pu vous coûter de silences aigres,
De renvois mal aiguillés
De demi-sourires séchés comme des larmes,
Ce ruban malheureux et rouge comme la honte dont vous ne vous êtes jamais décidé à empourprer votre visage,
Je me demande comment et pourquoi la Nature met
Tant d'entêtement,
Tant d'adresse
Et tant d'indifférence biologique
A faire que vos fils ressemblent à ce point à leurs pères,
Depuis les jupes de vos femmes matrimoniaires
Jusqu'aux salonnardes équivoques où vous les dressez à boire,
Dans votre grand monde,
A la coupe des bien-pensants.

Moi, je suis un bâtard.
Nous sommes tous des bâtards.
Ce qui nous sépare, aujourd'hui, c'est que votre bâtardise à vous est sanctionnée par le code civil
Sur lequel, avec votre permission, je me plais à cracher, avant de prendre congé.
Soyez tranquilles, Vous ne risquez Rien

Il n'y a plus rien

Et ce rien, on vous le laisse!
Foutez-vous en jusque-là, si vous pouvez,
Nous, on peut pas.
Un jour, dans dix mille ans,
Quand vous ne serez plus là,
Nous aurons tout
Rien de vous
Tout de nous
Nous aurons eu le temps d'inventer la Vie, la Beauté, la Jeunesse,
Les Larmes qui brilleront comme des émeraudes dans les yeux des filles,
Le sourire des bêtes enfin détraquées,
La priorité à Gauche, permettez!

Nous ne mourrons plus de rien
Nous vivrons de tout

Et les microbes de la connerie que nous n'aurez pas manqué de nous léguer, montant
De vos fumures
De vos livres engrangés dans vos silothèques
De vos documents publics
De vos règlements d'administration pénitentiaire
De vos décrets
De vos prières, même,
Tous ces microbes...
Soyez tranquilles,
Nous aurons déjà des machines pour les révoquer

Nous aurons tout

Dans dix mille ans

Que los padres y las madres

Que los padres y las madres
Que aquellos que te crearon
Que aquellos que crearon a todos los demás
Que los 'señores'
Que las 'señoras'
Que los 'sentados' en terciopelos fríos, sumisos, blandos
Que esas horribles tiendas bípedas y rodantes
Que llevan todo en el escaparate
A todos aquellos a quienes podrás decirles:

Señor!
Señora!

Dejen en paz a esas personas
Esas reverencias imaginarias que les inventan
Esas desesperanzas sumisas
Toda esa tristeza que se levanta por la mañana a la misma hora para ir a ganar su dinero,
Con los pulmones apretados
Las manos agrandadas por el ultraje y las buenas costumbres
Los ojos deshechos por las noches preocupadas...
Y ustedes cuentan su dinero?
Perdón... su dinero!

Lo que los deshonra
Es la limpieza administrativa, ecológica de la que se enorgullecen
En sus baños climatizados
En sus bidés desiertos
En sus espejos mentirosos...

Hacen mentir a los espejos
Son tan poderosos que se reflejan tal como son
Con corbatas
Con visiones
Empapados de arrogancia y aburrimiento en el agua verde que desciende
de las montañas y que han logrado someter
En un punto dado
A una hora fija
Para sus narcisistas orgías.
Se miran y ni siquiera pueden reconocerse
Tan bellos que son
Y cuentan su dinero
Largo
Ancho
Al margen
De esos salarios que entregan con precisión
Con parsimonia
Iba a decir 'a escondidas' como esos vientos previos y que cuentan las hazañas del bolo alimenticio, con ese aparato vengativo y nivelador que impide toda identificación...
Quiero decir que para explotar a su prójimo, son campeones del anonimato.

Las revoluciones? Hablemos de ellas!
Quiero hablar de las revoluciones que aún se pueden mostrar
Porque les sirven,
Porque siempre les han servido,
Esas revoluciones de 'la historia',
Porque las 'historias' les divierten, antes de interesarles,
Y cuando les interesa, es demasiado tarde, les dicen que se está preparando otra.
Cuando algo inédito les sorprende y les molesta,
Se arreglan el día anterior, siempre el día anterior, para reservar un lugar
En un palacio de exiliados, rodeado del prestigio de los desarraigados.
Las raíces profundas de este país, son Ustedes, al parecer,
Y cuando los trasladan de un 'desorden de la calle', como dicen ustedes, a un 'nuevo orden' como dicen ellos, se injertan de vuelta y los saludan.

Desde hace doscientos años, compran boletos para las revoluciones.
Incluso estarían tentados de llevar su canasta,
Para no perderse ni una miga, verdad?
Y a los 'vagos' que les divierten, a esos 'vagos' que también les molestan, los envuelven en una nota policial mientras envuelven a los 'suyos' en una bandera.

Siempre se creen, ustedes, en un haras!
La raza los mantiene erguidos en este mundo que han sentado.
Tienen el estilo del poder
Incluso llegan a hablarse a ustedes mismos
Como si hablaran a sus subordinados,
Por miedo a perder su estatura, sus inflamaciones, por miedo a que los señalen, en los pasillos del aburrimiento, y se digan: 'Mira, está cediendo, terminará por doblarse, por arrastrarse'
Tranquilos! Para la reptación, son imbatibles; solo se lo conceden en la metáfora...
Están dispuestos a extenderse pero con elegancia,
Esa 'elegancia' que llevan, Señor, en su solapa,
Y cuando se sabe lo que les ha costado de silencios amargos,
De despidos mal dirigidos
De medias sonrisas secas como lágrimas,
Esa cinta desafortunada y roja como la vergüenza de la que nunca se han decidido a ruborizar su rostro,
Me pregunto cómo y por qué la Naturaleza pone
Tanta obstinación,
Tanta habilidad
Y tanta indiferencia biológica
En hacer que sus hijos se parezcan tanto a sus padres,
Desde las faldas de sus esposas matrimoniales
Hasta las salonnardas equívocas donde los educan a beber,
En su gran mundo,
En la copa de los bienpensantes.

Yo soy un bastardo.
Todos somos bastardos.
Lo que nos separa hoy es que su bastardía está sancionada por el código civil
Sobre el cual, con su permiso, me complace escupir antes de despedirme.
Tranquilos, No corren Riesgos

Ya no queda nada

Y ese nada, se lo dejamos!
Métanselo hasta allá, si pueden,
Nosotros no podemos.
Un día, en diez mil años,
Cuando ya no estén,
Nosotros tendremos todo
Nada de ustedes
Todo de nosotros
Habremos tenido tiempo de inventar la Vida, la Belleza, la Juventud,
Las Lágrimas que brillarán como esmeraldas en los ojos de las chicas,
La sonrisa de los animales finalmente desquiciados,
La prioridad a la Izquierda, permítanme!

Ya no moriremos de nada
Viviremos de todo

Y los microbios de la estupidez que no han dejado de legarnos, subiendo
De sus estiércoles
De sus libros almacenados en sus silotecas
De sus documentos públicos
De sus reglamentos de administración penitenciaria
De sus decretos
De sus rezos, incluso,
Todos esos microbios...
Tranquilos,
Ya tendremos máquinas para revocarlos

Tendremos todo

En diez mil años