395px

El corredor

Jean-Jacques Goldman

Le coureur

Je courais sur la plage abritée des alizés
Une course avec les vagues, juste un vieux compte à régler
Pieds nus comme couraient mes ancêtres
Oh j'ai bien vu derrière ses lunettes
Un type avec un chronomètre

Je suis rentré au soir quand les vagues ont renoncé
Il était déjà tard mais les parents m'attendaient
Y avait l'homme bizarre à la table
Ma mère une larme, un murmure
Des dollars et leur signature

J'ai pris le grand avion blanc du lundi
Qu'on regardait se perdre à l'infini
J'suis arrivé dans le froid des villes
Chez les touristes et les automobiles
Loin de mon ancienne vie

On m'a touché, mesuré comme on fait d'un cheval
J'ai couru sur un tapis, pissé dans un bocal
Soufflé dans un masque de toutes mes forces
Accéléré plein d'électrodes
Pour aller jusqu'où j'avais trop mal

On m'a mis un numéro sur le dos
Y avait des gens qui criaient, des drapeaux
On courait toujours en rond
Des clous aux deux pieds pour écorcher la terre
Je la caressais naguère

J'ai appris à perdre, à gagner sur les autres et le temps
A coups de revolver, de course en entraînement
Les caresses étranges de la foule, les podiums
Et les coups de coude
Les passions, le monde et l'argent

Moi je courais sur ma plage abritée des alizés
Une course avec les vagues, juste un vieux compte à régler
Puis le hasard a croisé ma vie
J'suis étranger partout aujourd'hui
Était-ce un mal, un bien?
C'est ainsi

El corredor

Corría en la playa protegida de los alisios
Una carrera con las olas, solo una vieja deuda por saldar
Descalzo como corrían mis ancestros
Oh vi claramente detrás de sus lentes
A un tipo con un cronómetro

Regresé por la noche cuando las olas se rindieron
Ya era tarde pero mis padres me esperaban
Estaba el hombre extraño en la mesa
Mi madre con una lágrima, un susurro
Dólares y su firma

Tomé el gran avión blanco del lunes
Que veíamos perderse en el infinito
Llegué al frío de las ciudades
Entre turistas y automóviles
Lejos de mi antigua vida

Me tocaron, me midieron como a un caballo
Corrí en una cinta, oriné en un frasco
Soplé con todas mis fuerzas en una máscara
Acelerado con electrodos
Para llegar hasta donde me dolía demasiado

Me pusieron un número en la espalda
Había gente gritando, banderas
Seguíamos corriendo en círculos
Con clavos en los pies para rasgar la tierra
Que solía acariciar

Aprendí a perder, a ganar sobre los demás y el tiempo
A punta de pistola, de carreras y entrenamiento
Las extrañas caricias de la multitud, los podios
Y los codazos
Las pasiones, el mundo y el dinero

Yo corría en mi playa protegida de los alisios
Una carrera con las olas, solo una vieja deuda por saldar
Luego el azar cruzó mi vida
Hoy soy un extranjero en todas partes
¿Fue eso un mal, un bien?
Así es

Escrita por: