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Finisterre

Jeanne Cherhal

Finistère

J'ai dans la bouche comme un goût de venin
Comme un goût de mauvais, mauvais vin
J'ai dans la bouche comme un souffle coupé
Comme un souffle à demi étouffé

Et je reste toute seule à regarder dehors
À compter, recompter mes trésors
Tous les mots que je n'ai pas sus dire encore

J'ai dans la bouche comme un goût de trop peu
Comme un goût de quand on veut on peut
Comme un souffle perdu
Comme un souffle à demi retenu

Et je reste toute seule à regarder mes pieds
À ranger, déranger des papiers
À médire, à maudire, à écrire, à copier, recopier

J'ai dans la bouche comme un goût de nulle part
Comme un goût de si je veux je pars
J'ai dans la bouche comme un goût d'absolu
Comme un goût que j'ai toujours voulu

Et je reste toute seule à regarder le feu
À couper, recouper mes cheveux
À pâlir dans mon lit
À sourire pour un oui
À courir sous la pluie

Mais quand je m'égare quelques jours
Loin de ces gares et de ces tours
De la ville qui raisonne

Mes pas me ramènent malgré moi
Dans un domaine au coin du bois
Un village qui frissonne

J'ai dans la bouche comme un goût de mystère
Comme un goût salé du Finistère
J'ai dans la bouche comme un goût minéral
Comme un goût de Soleil et de Graal

Et je reste toute seule à regarder la mer
À marcher dans les chemins de terre
À aimer être là au bout de la terre

Finisterre

Tengo en la boca un sabor a veneno
Como un sabor a vino malo, muy malo
Tengo en la boca como un aliento cortado
Como un aliento medio ahogado

Y me quedo sola mirando hacia afuera
Contando, volviendo a contar mis tesoros
Todas las palabras que aún no he podido decir

Tengo en la boca un sabor a muy poco
Como un sabor de cuando se quiere, se puede
Como un aliento perdido
Como un aliento medio retenido

Y me quedo sola mirando mis pies
Organizando, desordenando papeles
Hablando mal, maldiciendo, escribiendo, copiando, reescribiendo

Tengo en la boca un sabor a ningún lado
Como un sabor de si quiero, me voy
Tengo en la boca un sabor de absoluto
Como un sabor que siempre he querido

Y me quedo sola mirando el fuego
Cortando, recortando mi cabello
Pálida en mi cama
Sonriendo por un sí
Corriendo bajo la lluvia

Pero cuando me pierdo unos días
Lejos de estas estaciones y de estas torres
De la ciudad que resuena

Mis pasos me traen de vuelta a pesar de mí
A un lugar al final del bosque
Un pueblo que tiembla

Tengo en la boca un sabor a misterio
Como un sabor salado del Finisterre
Tengo en la boca un sabor mineral
Como un sabor de Sol y de Grial

Y me quedo sola mirando el mar
Caminando por los senderos de tierra
Amando estar aquí al final de la tierra

Escrita por: Jeanne Cherhal