Rodrigues
Jamais je n'oublierai la couleur de ton île
Le bleu-vert du lagon, immobile
Les routes dévalées dans les matins d'avril
L'air est doux quand on est en exil
Jamais je n'oublierai l'immensité sauvage
Le rose sur les murs du village
Les toits de tôle claire qui sourient aux nuages
L'air est doux quand il est d'un autre âge
Et la lenteur, la lenteur
Règne sur les corps et les cœurs
La lenteur
Jamais je n'oublierai la plage éternelle
Où l'herbe pousse encore en dentelle
Où le vent sur la peau jette un voile de sel
L'air est doux quand la mer est si belle
Jamais je n'oublierai le jardin des limons
Les zourites qui sèchent au balcon
Et les fleurs en papier sur les nappes en nylon
L'air est doux quand le temps est si long
Et la lenteur, la lenteur
Règne sur les corps et les cœurs
La lenteur, la lenteur
Je sais au fond de moi que j'aurais pu y vivre
Les seins nus, sous mon cuir quelques livres
Loin du fracas du monde et de sa marche à suivre
L'air est fou, l'air est saoul, l'air est ivre
Je n'aurai pas le temps d'inverser ma mémoire
De laisser mes armures, mes armoires
La place de parking, mon café, mon cafard
L'air est fou, l'oxygène se fait rare
Jamais je n'oublierai la couleur de ton île
Le bleu-vert du lagon, immobile
Les routes délavées dans les matins d'avril
L'air est doux quand on est en exil
La lenteur
La lenteur
La lenteur
Rodrigues
Jamás olvidaré el color de tu isla
El azul-verde del lago, inmóvil
Las calles bajadas en las mañanas de abril
El aire es suave cuando estamos en exilio
Jamás olvidaré la inmensidad salvaje
El rosa en las paredes del pueblo
Los techos de lámina clara que sonríen a las nubes
El aire es suave cuando es de otra época
Y la lentitud, la lentitud
Reina sobre los cuerpos y los corazones
La lentitud
Jamás olvidaré la playa eterna
Donde la hierba crece aún en encaje
Donde el viento sobre la piel lanza un velo de sal
El aire es suave cuando el mar es tan bello
Jamás olvidaré el jardín de los limones
Las zourites que secan en el balcón
Y las flores de papel sobre los manteles de nylon
El aire es suave cuando el tiempo es tan largo
Y la lentitud, la lentitud
Reina sobre los cuerpos y los corazones
La lentitud, la lentitud
Sé en el fondo de mí que podría haber vivido allí
Con los pechos al aire, bajo mi piel algunos libros
Lejos del estruendo del mundo y de su marcha a seguir
El aire es loco, el aire está ebrio, el aire está borracho
No tendré tiempo de invertir mi memoria
De dejar mis armaduras, mis armarios
El lugar de estacionamiento, mi café, mi depresión
El aire es loco, el oxígeno escasea
Jamás olvidaré el color de tu isla
El azul-verde del lago, inmóvil
Las calles deslavadas en las mañanas de abril
El aire es suave cuando estamos en exilio
La lentitud
La lentitud
La lentitud
Escrita por: Jeanne Cherhal