395px

La bella abadesa

Juliette Noureddine

La belle abbesse

Ben, quoi ? Vous n'avez donc jamais rien vu
Ou c'est-y que vous m' reluquez l' corsage ?
Allez, les manants, laissez-moi l' passage
Et pour la bagatelle on est d' la r'vue
J' les sens, vos r'gards plantés dans mon dos
Mais moi, d' ce quartier j' suis aborigène
Ça m' donne bien l' droit d'avoir mon sans-gêne
Ça m' donne bien l' droit, l' droit d'être un rien crado
C'est vrai, c' matin, je m' suis même pas lavée
Je m' suis juste remis un peu d' bleu et d' rose
Juste pour maquiller quelques ecchymoses
Qu' la nuit dernière un salaud m'a gravées
Je m' suis pas brossé les chicots non plus
Tiens, pour faire comme si, redonne-moi une bière
Qu'est-ce que vous dites vous, là-bas, la rombière ?
Reculez-vous si vous trouvez que j' pue !

{Refrain:}
Parce qu'y faudrait pas croire
Que pass' que vous m' voyez
Accoudée là et sans adresse
A'ec tout mon foutoir
Débordant de mes paniers
Que je n' suis rien qu'une drôlesse
Nageant dans sa bière et sa graisse
Une simple épave des bas-quartiers
Non ! Messieurs, vous devez saluer
L'impératrice
L'archiduchesse
La belle-en-cuisse
La belle abbesse
Celle qui passe comme une déesse
Provocatrice
Enchanteresse
Et qui crache sur votre pitié

Encore un p'tit dernier et pis salut !
Y faut que j' reparte vers ces rues en pente
Que depuis toujours j'inspecte et j'arpente
Comme si j'y cherchais un trésor perdu
Mais y a pas d' trésor, y a que d' la chiennerie
Des rentiers hargneux et des vilains mômes
Qui s' foutent de ma gueule bouffie d'hématomes
Et des accrocs béants dans ma lingerie
La nuit, j' suis divine, au rouge des néons
Fraîche comme les œillets chourés au cimetière
Que j' revends pour l' prix d'une rasade de bière
Aux travestis d' la rue Germain-Pilon
La nuit, c'est là qu'il y a de foutues clartés
Quand un jeune clodo me prend pour une pute
Ferme les yeux, m'enlace, enfin me culbute
Et me laisse heureuse et jambes écartées

{au Refrain}

T'es qui toi d'abord qui s' dit mon ami,
Un voyeur ou bien un d' ces ethnologues
Qui voudrait m' fourrer dans son catalogue ?
Eh ben, je vais p't-être te répondre, tiens, j'ai besoin d'un demi
C'était y a longtemps... Et pis non, j' sais plus
J' préfère la fermer, rester illusoire
N'être qu'une légende des plus provisoires
Un tag effacé dès qu'il aura plu
Une honte qui passe, un cauchemar vécu
Une tête de guignol battant la breloque
Un épouvantail que le vent déloque
Un instant montrant son cœur et son cul

La bella abadesa

Ben, ¿qué? ¿Nunca han visto nada?
¿O por qué me miran el escote?
Vamos, plebeyos, déjenme pasar
Y para tonterías estamos en la revista
Siento sus miradas clavadas en mi espalda
Pero yo, de este barrio, soy nativa
Eso me da el derecho de ser descarada
Eso me da el derecho, el derecho de ser un poco sucia
Es cierto, esta mañana ni siquiera me lavé
Solo me puse un poco de azul y rosa
Solo para disimular algunos moratones
Que un desgraciado me dejó la noche pasada
Tampoco me cepillé los dientes
Oye, para aparentar, dame otra cerveza
¿Qué dicen ustedes, allá, las señoras decentes?
¡Aléjense si piensan que huelo mal!

{Estribillo:}
Porque no deberían creer
Que solo porque me ven
Apoyada aquí sin dirección
Con todo mi desorden
Desbordando de mis cestas
Que soy solo una golfa
Nadando en su cerveza y su grasa
Un simple despojo de los barrios bajos
¡No! Caballeros, deben saludar
A la emperatriz
A la archiduquesa
A la bella en muslo
La bella abadesa
Aquella que pasa como una diosa
Provocadora
Hechicera
Y que escupe en su piedad

Otro último trago y adiós
Debo regresar a esas calles en pendiente
Que desde siempre inspecciono y recorro
Como si buscara un tesoro perdido
Pero no hay tesoro, solo hay miseria
Rentistas malhumorados y niños feos
Que se burlan de mi cara hinchada de hematomas
Y de los agujeros en mi ropa interior
De noche, soy divina, bajo el rojo de los neones
Fresca como los claveles robados del cementerio
Que vendo por el precio de una cerveza
A los travestis de la calle Germain-Pilon
De noche, ahí es donde hay malditas luces
Cuando un joven vagabundo me toma por una prostituta
Cierra los ojos, me abraza, finalmente me posee
Y me deja feliz y con las piernas abiertas

{Repetición del estribillo}

¿Quién eres tú primero que se dice mi amigo,
¿Un voyeur o uno de esos etnólogos
Que querría meterme en su catálogo?
Bueno, tal vez te responda, mira, necesito una cerveza
Fue hace mucho tiempo... Y luego no, ya no sé
Prefiero callarme, seguir siendo ilusoria
Ser solo una leyenda temporal
Un graffiti borrado en cuanto llueva
Una vergüenza que pasa, una pesadilla vivida
Una cabeza de guiñol balanceándose
Un espantapájaros que el viento despeina
Un momento mostrando su corazón y su trasero

Escrita por: Juliette Noureddine / Pierre Philippe