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El rosal amarillo

Juliette Noureddine

Le rosier jaune

Ta maison est proche du pont de l'Europe
Au-dessus des voies
Où filent les trains pour Le Havre, non-stop,
Ou pour Courbevoie
Sur le pont secoué comme par le tonnerre
Du choc des pistons
Poussent des jardins dans bien peu de terre
Beaucoup de béton

Là, un grand rosier couvert de ces roses
Qu'on nomme roses-thé
Malgré la poussière aux festons moroses
Fleurit tout l'été
Un rosier et sa charge qui l'embaume
D'un jaune irritant
Un peu jaune de Naples, un peu jaune de chrome
Un jaune exaltant
Et moi, le voyant, né du macadam,
Pense à tous les coups

Où donc puise-t-il tous les ors de la gamme
Ce grand rosier fou ?
Où, dans ce bitume jeté sur le vide,
Trouve-t-il la beauté
Et dans la grisaille des vapeurs putrides
Tant de volupté ?
Et puis, comme longtemps j'attends au feu rouge,
Je reviens à nous

Dans le mouvement du rosier qui bouge
Ton corps se dénoue
Et l'éventail de tes désirs flexibles
Jamais rassasiés
Toute ta jeunesse offerte pour cible
Comme ce blond rosier
Toi qui fleuris au carrefour de la ville
Peu, bien peu vivant
Les pieds sur du rien, la tête fragile,
Secoué par le vent

Ne demande pas aux quelques paroles
Qui me viennent là
Un sens ou celui d'une parabole
Il n'y en a pas
Ou demande-le à ton horoscope
Si lui sait pourquoi
Lorsque je traverse le pont de l'Europe

Moi, je pense à toi

El rosal amarillo

Tu casa está cerca del puente de Europa
Sobre las vías
Donde corren los trenes hacia Le Havre, sin parar,
O hacia Courbevoie
En el puente sacudido como por el trueno
Del choque de los pistones
Crecen jardines en muy poco terreno
Mucho hormigón

Allí, un gran rosal cubierto de esas rosas
Que llaman rosas de té
A pesar del polvo en festones melancólicos
Florecen todo el verano
Un rosal y su carga que embalsama
De un amarillo irritante
Un poco amarillo de Nápoles, un poco amarillo de cromo
Un amarillo exaltante
Y yo, al verlo, nacido del asfalto,
Pienso en todos los golpes

¿De dónde saca todos los oros de la gama
Este gran rosal loco?
¿Dónde, en este asfalto arrojado sobre el vacío,
Encuentra la belleza
Y en la grisura de los vapores pútridos
Tanta voluptuosidad?
Y luego, mientras espero mucho tiempo en el semáforo,
Vuelvo a nosotros

En el movimiento del rosal que se mueve
Tu cuerpo se desata
Y el abanico de tus deseos flexibles
Nunca saciados
Toda tu juventud ofrecida como objetivo
Como este rubio rosal
Tú que floreces en el cruce de la ciudad
Poco, muy poco vivo
Los pies en la nada, la cabeza frágil,
Sacudido por el viento

No le pidas a las pocas palabras
Que me vienen aquí
Un sentido o el de una parábola
No lo hay
O pídeselo a tu horóscopo
Si él sabe por qué
Cuando cruzo el puente de Europa

Yo, pienso en ti

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