Les timides
Les timides
Ça s'tortille
Ça s'entortille
Ça sautille
Ça s'met en vrille
Ça s'recroqueville
Ça rêve d'être un lapin
Peu importe
D'où ils sortent
Mais feuilles mortes
Quand le vent les porte
Devant nos portes
On dirait qu'ils portent
Une valise dans chaque main
Les timides
Suivent l'ombre
L'ombre sombre
De leur ombre
Seule la pénombre
Sait le nombre
De leurs pudeurs de Levantin
Ils se plissent
Ils pâlissent
Ils jaunissent
Ils rosissent
Ils rougissent
S'écrevissent
Une valise dans chaque main
Mais les timides
Un soir d'audace
Devant leur glace
Rêvant d'espace
Mettent leur cuirasse
Et alors place !
Allons, Paris
Tiens-toi bien !
Et vive la gare
Saint-Lazare
Mais on s'égare
On s'effare
On s' désempare
Et on repart
Une valise dans chaque main
Les timides
Quand ils chavirent
Pour une Elvire
Ont des soupirs
Ont des désirs
Qu'ils désirent dire
Mais ils n'osent pas bien
Et leur maîtresse
Plus prêtresse
En ivresse
Qu'en tendresse
Un soir les laisse
Du bout des fesses
Une valise dans chaque main
Les timides
Alors vieillissent
Alors finissent
Se rapetissent
Et quand ils glissent
Dans les abysses
Je veux dire
Quand ils meurent
N'osent rien dire
Rien maudire
N'osent frémir
N'osent sourire
Juste un soupir
Et ils meurent
Une valise sur le cœur
Los tímidos
Los tímidos
Se retuercen
Se enredan
Saltan
Se desequilibran
Se acurrucan
Sueñan con ser un conejo
No importa
De dónde vienen
Pero hojas muertas
Cuando el viento las lleva
Frente a nuestras puertas
Parece que llevan
Una maleta en cada mano
Los tímidos
Siguen la sombra
La sombra oscura
De su sombra
Solo la penumbra
Sabe la cantidad
De sus vergüenzas de Levantino
Se fruncen
Palidecen
Amarillean
Se sonrojan
Se ruborizan
Se desvanecen
Una maleta en cada mano
Pero los tímidos
Una noche de audacia
Frente a su espejo
Soñando con espacio
Se ponen su coraza
Y entonces ¡adelante!
Vamos, París
¡Mantente firme!
Y viva la estación
Saint-Lazare
Pero nos desviamos
Nos asustamos
Nos desorientamos
Y volvemos
Una maleta en cada mano
Los tímidos
Cuando naufragan
Por una Elvira
Tienen suspiros
Tienen deseos
Que desean expresar
Pero no se atreven bien
Y su amante
Más sacerdotisa
En embriaguez
Que en ternura
Una noche los deja
Con desgano
Una maleta en cada mano
Los tímidos
Entonces envejecen
Entonces terminan
Se encogen
Y cuando se deslizan
En los abismos
Quiero decir
Cuando mueren
No se atreven a decir nada
Ni maldecir
No se atreven a estremecerse
No se atreven a sonreír
Solo un suspiro
Y mueren
Una maleta en el corazón
Escrita por: Jacques Brel