395px

La visita

Maxime Le Forestier

La visite

C'était un jour d'été comme on en fait beaucoup
Entre mer et garrigue au début du mois d'août
Un air de chanson dans la tête
Et puis l'envie de voir si la mer était bonne
Je roulais par hasard entre Nîmes et Narbonne
Je me suis arrêté à Sète

Poussé par les voitures ou porté par les vents
Dans cette cité-là, que l'on passe en suivant
N'importe quel itinéraire
A peine a-t-on le temps de quitter les faubourgs
- C'est là le résumé de la vie le plus court
On se retrouve au cimetière

Le calme anonymat qui réside en ce lieu
Est celui que l'on voit chez les morts de banlieue
On chercherait l'extravagance
Aussi libre qu'on ait vécu, décidément
On est toujours guetté par un alignement
Sauf de discrètes différences

C'est un pin parasol qui n'aura pas éclos
Tant viennent les amis piétiner cet enclos
J'ai peu d'espoir qu'il ne grandisse
Ils continueront donc de rôtir au zénith
Mais de tous leurs bouquets posés sur le granit
Pas un ne m'a semblé factice

Au milieu d'un essaim de touristes en chaleur
J'ai vu s'épanouir une petite fleur
Qui semblait marcher comme on danse
Avec deux seins de soie déguisés par un voile
Et l'ombre de ta croix n'a pas bougé d'un poil
Je me demande à quoi tu penses

A quoi tu penses donc, laquelle as-tu choisie
Des ruses que les hommes ont trouvées jusqu'ici
Pour rendre la mort moins cruelle?
Survie de l'âme ou fin de tout, quoi qu'il en soit
C'est pas beau de mourir pour demeurer de bois
Aux larmes d'une demoiselle

Comme elle avait vingt ans et qu'elle était jolie
La laisser s'en aller n'eût pas été poli
Les chagrins sont durs à cet âge
On avait une sorte d'ami en commun
C'était mieux qu'un début, je lui ai pris la main
Nous voilà partis pour la plage

Entre le bris des vagues, le son des soupirs
Les sardanes funky qu'on entendait glapir
En modulation de fréquence
Et les cris des enfants qui s'ébattaient dans l'eau
Quelque maître nageur sifflait un pédalo
Voguant vers l'horizon, vacances!

La visita

Era un día de verano como hay muchos
Entre el mar y la llanura a principios de agosto
Una melodía en la cabeza
Y luego las ganas de ver si el mar estaba bueno
Iba manejando al azar entre Nîmes y Narbona
Me detuve en Sète

Empujado por los autos o llevado por los vientos
En esta ciudad, que se pasa siguiendo
Cualquier ruta que tomes
Apenas tienes tiempo de dejar los suburbios
Ese es el resumen más corto de la vida
Terminas en el cementerio

El tranquilo anonimato que reside en este lugar
Es el que se ve en los muertos de la periferia
Buscarías la extravagancia
Por más libre que hayas vivido, definitivamente
Siempre estás acechado por una alineación
Salvo por discretas diferencias

Es un pino que no ha florecido
Tantos amigos vienen a pisotear este lugar
Tengo pocas esperanzas de que crezca
Así que seguirán asándose al cenit
Pero de todos sus ramos sobre el granito
Ninguno me pareció falso

En medio de un enjambre de turistas acalorados
Vi florecer una pequeña flor
Que parecía caminar como se baila
Con dos pechos de seda disfrazados por un velo
Y la sombra de tu cruz no se movió ni un milímetro
Me pregunto en qué piensas

¿En qué piensas entonces, cuál has elegido
De las artimañas que los hombres han encontrado hasta ahora
Para hacer la muerte menos cruel?
¿Supervivencia del alma o fin de todo, sea como sea?
No es bonito morir para quedar de madera
A las lágrimas de una joven

Como ella tenía veinte años y era hermosa
Dejarla ir no hubiera sido educado
Los desamores son duros a esa edad
Teníamos una especie de amigo en común
Era mejor que un comienzo, le tomé la mano
¡Ya estamos en camino a la playa!

Entre el romper de las olas, el sonido de los suspiros
Las sardanas funky que se oían gritar
En modulación de frecuencia
Y los gritos de los niños que jugaban en el agua
Algún salvavidas silbaba un pedaló
Navegando hacia el horizonte, ¡vacaciones!

Escrita por: Maxime Le Forestier, Joel Favreau