395px

Las cartas

Maxime Le Forestier

Les lettres

Avril 1912, ma femme, mon amour
Un an s'est écoulé depuis ce mauvais jour
Où j'ai quitté ma terre
Je suis parti soldat comme on dit maintenant
Je reviendrai te voir, d'abord de temps en temps
Puis pour la vie entière
Je ne pourrai venir sans doute avant l'été
Les voyages sont longs quand on les fait à pied
As-tu sarclé la vigne?
Ne va pas la laisser manger par les chardons
Le voisin prêtera son cheval aux moissons
Écris-moi quelques lignes

Hiver 1913, mon mari, mon amour
Tu ne viens pas souvent, sans doute sont trop courts
Les congés qu'on te donne
Mais je sais que c'est dur, cinquante lieues marchant
Pour passer la journée à travailler aux champs
Alors, je te pardonne
Les vieux disent qu'ici, cet hiver sera froid
Je ne sens pas la force de couper du bois
J'ai demandé au père
Il en a fait assez pour aller en avril
Mais penses-tu vraiment, toi qui es à la ville
Que nous aurons la guerre?

Août 1914, ma femme, mon amour
En automne au plus tard, je serai de retour
Pour fêter la victoire
Nous sommes les plus forts, coupez le blé sans moi
La vache a fait le veau, attends que je sois là
Pour le vendre à la foire
Le père se fait vieux, le père est fatigué
Je couperai le bois, prends soin de sa santé
Je vais changer d'adresse
N'écris plus, attends-moi, ma femme, mon amour
En automne au plus tard je serai de retour
Pour fêter la tendresse

Hiver 1915, mon mari, mon amour
Le temps était trop long, je suis allée au bourg
Dans la vieille charrette
Le veau était trop vieux, alors je l'ai vendu
Et j'ai vu le vieux Jacques, et je lui ai rendu
Le reste de nos dettes
Nous n'avons plus un sou, le père ne marche plus
Je me débrouillerai, et je saurai de plus
En plus être econome
Mais quand tu rentreras diriger ta maison
Si nous n'avons plus rien, du moins nous ne devrons
Plus d'argent à personne

Avril 1916, ma femme, mon amour
Tu es trop généreuse et tu voles au secours
D'un voleur de misères
Bien plus riche que nous. Donne-lui la moitié
Rendre ce que l'on doit, aujourd'hui, c'est jeter
L'argent au cimetière
On dit que tout cela pourrait durer longtemps
La guerre se ferait encore pour deux ans
Peut-être trois ans même
Il faut nous préparer à passer tout ce temps
Tu ne fais rien pour ça, je ne suis pas content
Ça ne fait rien, je t'aime

Ainsi s'est terminée cette tranche de vie
Ainsi s'est terminé sur du papier jauni
Cet échange de lettres
Que j'avais découvert au détour d'un été
Sous les tuiles enfuies d'une maison fanée
Au coin d'une fenêtre
Dites-moi donc pourquoi ça s'est fini si tôt
Dites-moi donc pourquoi, au village d'en haut
Repassant en voiture
Je n'ai pas regardé le monument aux Morts
De peur d'y retrouver, d'un ami jeune encore
Comme la signature

Las cartas

Abril de 1912, mi mujer, mi amor
Ha pasado un año desde aquel mal día
Donde dejé mi tierra
Me fui como soldado, como se dice ahora
Volveré a verte, primero de vez en cuando
Luego para toda la vida
No podré venir, sin duda, antes del verano
Los viajes son largos cuando se hacen a pie
¿Has desmalezado la viña?
No la dejes comer por los cardos
El vecino prestará su caballo para la cosecha
Escríbeme unas líneas

Invierno de 1913, mi marido, mi amor
No vienes a menudo, sin duda son muy cortos
Los días que te dan
Pero sé que es duro, cincuenta leguas caminando
Para pasar el día trabajando en los campos
Así que te perdono
Los viejos dicen que aquí, este invierno será frío
No siento fuerzas para cortar leña
Le pregunté al padre
Él ha hecho suficiente para abril
Pero ¿realmente piensas, tú que estás en la ciudad
Que tendremos guerra?

Agosto de 1914, mi mujer, mi amor
En otoño a más tardar, estaré de regreso
Para celebrar la victoria
Somos los más fuertes, corta el trigo sin mí
La vaca ha parido, espera a que esté allí
Para venderlo en la feria
El padre se está haciendo viejo, el padre está cansado
Cortaré la leña, cuida de su salud
Voy a cambiar de dirección
No escribas más, espérame, mi mujer, mi amor
En otoño a más tardar estaré de regreso
Para celebrar la ternura

Invierno de 1915, mi marido, mi amor
El tiempo fue demasiado largo, fui al pueblo
En la vieja carreta
El ternero estaba muy viejo, así que lo vendí
Y vi al viejo Jacques, y le devolví
El resto de nuestras deudas
No tenemos ni un centavo, el padre ya no camina
Me las arreglaré, y sabré además
Ser más ahorrativa
Pero cuando regreses a dirigir tu casa
Si no tenemos nada, al menos no deberemos
Más dinero a nadie

Abril de 1916, mi mujer, mi amor
Eres demasiado generosa y ayudas a
Un ladrón de miserias
Mucho más rico que nosotros. Dale la mitad
Devolver lo que se debe, hoy, es tirar
El dinero al cementerio
Dicen que todo esto podría durar mucho tiempo
La guerra podría durar otros dos años
Quizás tres años incluso
Debemos prepararnos para pasar todo este tiempo
No haces nada por eso, no estoy contento
No importa, te amo

Así terminó este fragmento de vida
Así terminó en un papel amarillento
Este intercambio de cartas
Que descubrí al final de un verano
Bajo las tejas ocultas de una casa marchita
En la esquina de una ventana
Dime entonces por qué terminó tan pronto
Dime entonces por qué, en el pueblo de arriba
Pasando en coche
No miré el monumento a los Caídos
Por miedo a encontrar, de un amigo aún joven
Como la firma

Escrita por: