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Historia de un falsificador

Maxime Le Forestier

Histoire de faussaire

Se découpant sur champ d'azur
La ferme était fausse bien sûr,
Et le chaume servant de toit
Synthétique comme il se doit.
Au bout d'une allée de faux buis,
On apercevait un faux puits
Du fond duquel la vérité
N'avait jamais dû remonter.

Et la maîtresse de céans
Dans un habit, ma foi, seyant
De fermière de comédie
A ma rencontre descendit,
Et mon petit bouquet, soudain,
Parut terne dans ce jardin
Près des massifs de fausses fleurs
Offrant les plus vives couleurs.

Ayant foulé le faux gazon,
Je la suivis dans la maison
Où brillait sans se consumer
Un genre de feu sans fumée.
Face aux faux buffet Henri deux,
Alignés sur les rayons de
La bibliothèque en faux bois,
Faux bouquins achetés au poids.

Faux Aubusson, fausses armures,
Faux tableaux de maîtres au mur,
Fausses perles et faux bijoux
Faux grains de beauté sur les joues,
Faux ongles au bout des menottes,
Piano jouant des fausses notes
Avec des touches ne devant
Pas leur ivoire aux éléphants.

Aux lueurs des fausses chandelles
Enlevant ses fausses dentelles,
Elle a dit, mais ce n'était pas
Sûr, tu es mon premier faux pas.
Fausse vierge, fausse pudeur,
Fausse fièvre, simulateurs,
Ces anges artificiels
Venus d'un faux septième ciel.

La seule chose un peu sincère
Dans cette histoire de faussaire
Et contre laquelle il ne faut
Peut-être pas s'inscrire en faux,
C'est mon penchant pour elle et mon
Gros point du côté du poumon
Quand amoureuse elle tomba
D'un vrai marquis de Carabas.

En l'occurrence Cupidon
Se conduisit en faux-jeton,
En véritable faux témoin,
Et Vénus aussi, néanmoins
Ce serait sans doute mentir
Par omission de ne pas dire
Que je leur dois quand même une heure
Authentique de vrai bonheur.

Historia de un falsificador

Recortándose en un campo de azul
La granja era falsa, por supuesto,
Y el techo de paja
Sintético como debe ser.
Al final de un pasillo de boj falso,
Se podía ver un pozo falso
Desde el fondo del cual la verdad
Nunca debió salir.

Y la dueña de la casa
Con un atuendo, francamente, favorecedor
De granjera de comedia
Descendió a mi encuentro,
Y mi pequeño ramo, de repente,
Pareció opaco en este jardín
Junto a los macizos de flores falsas
Ofreciendo los colores más vivos.

Al pisar el césped falso,
La seguí a la casa
Donde brillaba sin consumirse
Un tipo de fuego sin humo.
Frente al falso bufé estilo Enrique II,
Alineados en los estantes de
La biblioteca de madera falsa,
Libros falsos comprados al peso.

Falsos tapices de Aubusson, falsas armaduras,
Cuadros falsos de maestros en la pared,
Perlas falsas y joyas falsas
Lunares falsos en las mejillas,
Uñas falsas en las manos,
Un piano tocando notas falsas
Con teclas que no deberían
Ser de marfil de elefante.

A la luz de las velas falsas
Quitándose sus encajes falsos,
Dijo, aunque no estaba
Segura, eres mi primer error.
Falsa virgen, falsa modestia,
Falsa fiebre, simuladores,
Estos ángeles artificiales
Venidos de un falso séptimo cielo.

Lo único un poco sincero
En esta historia de falsificador
Y contra lo cual quizás
No debería contradecirme,
Es mi inclinación por ella y mi
Gran punto en el lado del pulmón
Cuando enamorada cayó
Por un verdadero marqués de Carabás.

En este caso, Cupido
Actuó como un farsante,
Como un verdadero falso testigo,
Y Venus también, sin embargo
Sería probablemente mentir
Por omisión no decir
Que les debo de todas formas una hora
Auténtica de verdadera felicidad.

Escrita por: Georges Brassens