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El ancestro

Maxime Le Forestier

L'ancetre

Notre voisin l'ancêtre était un fier galant
Qui n'emmerdait personne avec sa barbe blanche,
Et quand le bruit courut que ses jours étaient comptés,
On s'en fut à l'hospice afin de l'assister.

On avait apporté les guitares avec nous
Car, devant la musique, il tombait à genoux,
Excepté toutefois les marches militaires
Qu'il écoutait en se tapant le cul par terre.

Émules de Django, disciples de Crolla,
Toute la fine fleur des cordes était là
Pour offrir à l'ancêtre, en signe d'affection,
En guise de viatique, une ultime audition.

Hélas! les carabins ne les ont pas reçus,
Les guitares sont restées à la porte cochère,
Et le dernier concert de l'ancêtre déçu
Ce fut un pot-pourri de cantiques, peuchère!

Quand nous serons ancêtres,
Du côté de Bicêtre,
Pas de musique d'orgue, oh! non,
Pas de chants liturgiques
Pour qui avale sa chique,
Mais des guitares, cré nom de nom!

On avait apporté quelques litres aussi,
Car le bonhomme avait la fièvre de Bercy
Et les soir de nouba, parole de tavernier,
A rouler sous la table il était le dernier.

Saumur, Entre-deux-mers, Beaujolais, Marsala,
Toute la fine fleur de la vigne était là
Pour offrir à l'ancêtre, en signe d'affection,
En guise de viatique, une ultime libation.

Hélas! les carabins ne les ont pas reçus,
Les litres sont restés a la porte cochère,
Et le coup de l'étrier de l'ancêtre déçu
Ce fut un grand verre d'eau bénite, peuchère!

Quand nous serons ancêtres,
Du côté de Bicêtre,
Ne nous faites pas boire, oh! non,
De ces eaux minérales,
Bénites ou lustrales,
Mais du bon vin, cré nom de nom!

On avait emmené les belles du quartier
Car l'ancêtre courait la gueuse volontiers.
De sa main toujours leste et digne cependant
Il troussait les jupons par n'importe quel temps.

Depuis Manon Lescaut jusque à Dalila
Toute la fine fleur du beau sexe était là
Pour offrir à l'ancêtre, en signe d'affection,
En guise de viatique, une ultime érection.

Hélas! les carabins ne les ont pas reçues,
Les belles sont restées à la porte cochère,
Et le dernier froufrou de l'ancêtre déçu
Ce fut celui d'une robe de soeur, peuchère!

Quand nous serons ancêtres,
Du côte de Bicêtre,
Pas d'enfants de Marie, oh! non,
Remplacez-nous les nonnes
Par des belles mignonnes
Et qui fument, cré nom de nom!

El ancestro

Nuestro vecino el ancestro era un galante orgulloso
Que no molestaba a nadie con su barba blanca,
Y cuando se corrió el rumor de que sus días estaban contados,
Fuimos al hospicio para asistirlo.

Trajimos las guitarras con nosotros
Porque, ante la música, se arrodillaba,
Excepto por las marchas militares
Que escuchaba golpeándose el trasero en el suelo.

Emulando a Django, discípulos de Crolla,
Toda la élite de las cuerdas estaba allí
Para ofrecer al ancestro, como muestra de afecto,
En lugar de la extremaunción, una última audición.

¡Ay! los estudiantes de medicina no las aceptaron,
Las guitarras se quedaron en la puerta,
Y el último concierto del ancestro decepcionado
Fue un popurrí de cantos religiosos, ¡caray!

Cuando seamos ancestros,
Del lado de Bicêtre,
Nada de música de órgano, oh no,
Nada de cantos litúrgicos
Para quien se traga su tabaco,
Pero guitarras, ¡por Dios!

También llevamos algunos litros,
Porque el viejo tenía fiebre de Bercy
Y en las noches de juerga, palabra de tabernero,
Era el último en caer debajo de la mesa.

Saumur, Entre-deux-mers, Beaujolais, Marsala,
Toda la élite de la vid estaba allí
Para ofrecer al ancestro, como muestra de afecto,
En lugar de la extremaunción, una última libación.

¡Ay! los estudiantes de medicina no los aceptaron,
Los litros se quedaron en la puerta,
Y el último brindis del ancestro decepcionado
Fue un gran vaso de agua bendita, ¡caray!

Cuando seamos ancestros,
Del lado de Bicêtre,
No nos hagan beber, oh no,
De esas aguas minerales,
Benditas o lustrales,
Sino buen vino, ¡por Dios!

Llevamos a las bellezas del barrio,
Porque el ancestro solía cortejar alegremente.
Con su mano siempre ágil y digna,
Levantaba las faldas en cualquier momento.

Desde Manon Lescaut hasta Dalila,
Toda la élite del bello sexo estaba allí
Para ofrecer al ancestro, como muestra de afecto,
En lugar de la extremaunción, una última erección.

¡Ay! los estudiantes de medicina no las aceptaron,
Las bellezas se quedaron en la puerta,
Y el último suspiro del ancestro decepcionado
Fue el de un hábito de monja, ¡caray!

Cuando seamos ancestros,
Del lado de Bicêtre,
Nada de hijos de María, oh no,
Reemplácennos a las monjas
Por bellas encantadoras
Que fumen, ¡por Dios!

Escrita por: Georges Brassens