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La legión de honor

Maxime Le Forestier

La légion d'honneur

Tous les Brummel, les dandys, les gandins
Il les considérait avec dédain
Faisant peu cas de l'élégance
Il s'habillait toujours au décrochez moi-ça
Au combat, pour s'en servir de liquette
Sous un déluge d'obus, de roquettes
Il conquit un oriflamme teuton
Cet acte lui valut le grand cordon
Mais il perdit le privilège de
S'aller vêtir à la six-quatre-deux
Car ça la fout mal saperlipopette
D'avoir des faux plis, des trous à ses bas
De mettre un ruban sur la salopette
La légion d'honneur ça pardonne pas

L'âme du bon feu maître Jehan Cotart
Se réincarnait chez ce vieux fêtard
Tenter de l'empêcher de boire un pot
C'était ni plus ni moins risquer sa peau
Un soir d'intempérance, à son insu
Il éteignit en pissotant dessus
Un simple commencement d'incendie
On lui flanqua le mérite, pardi!
Depuis que n'est plus vierge son revers
Il s'interdit de marcher de travers
Car ça la fout mal de se rendre dans les vignes
Dites du seigneur, faire des faux pas
Quand on est marqué du fatal insigne
La légion d'honneur ça pardonne pas

Grand peloteur de fesses convaincu
Passé maître en l'art de la main au cul
Son dada c'était que la femme eut le
Bas de son dos tout parsemé de bleus
En vue de la palper d'un geste obscène
Il a plongé pour sauver de la Seine
Une donzelle en train de se noyer
Dame! aussi sec on vous l'a médaillé
Ce petit hochet à la boutonnière
Vous le condamne à de bonnes manières
Car ça la fout mal avec la rosette
De tâter, flatter, des filles les appas
La louche au valseur; pas de ça Lisette!
La légion d'honneur ça pardonne pas

Un brave auteur de chansons malotru
Avait une tendance à parler cru
Bordel de dieu, con, pute, et caetera
Ornaient ses moindres tradéridéras
Sa muse un soir d'un derrière distrait
Pondit, elle ne le fit pas exprès
Une rengaine sans gros mots dedans
On vous le chamarra tambour battant
Et maintenant qu'il porte cette croix
Proférer Merde il n'en a plus le droit
Car ça la fout mal de mettre à ses lèvres
De grand commandeur, des termes trop bas
De chanter le grand vicaire et les trois orfèvres
La légion d'honneur ça pardonne pas

La legión de honor

Todos los Brummel, los dandys, los elegantes
Él los miraba con desdén
Haciendo poco caso de la elegancia
Siempre se vestía de cualquier manera
En combate, para usarlo como camiseta
Bajo una lluvia de obuses, de cohetes
Conquistó un estandarte teutón
Este acto le valió la gran condecoración
Pero perdió el privilegio de
Vestirse a la ligera
Porque queda mal, caramba
Tener pliegues falsos, agujeros en sus medias
Poner una cinta en el mono
La legión de honor no perdona

El alma del buen maestro Jehan Cotart
Se reencarnaba en este viejo juerguista
Intentar impedirle tomar una copa
Era ni más ni menos que arriesgar su vida
Una noche de excesos, sin darse cuenta
Apagó un pequeño incendio
Orinando sobre él
Le dieron el mérito, ¡vaya!
Desde que su reverso ya no es virgen
Se prohíbe andar torcido
Porque queda mal ir a los viñedos
Propiedad del señor, tropezar
Cuando se lleva el fatal distintivo
La legión de honor no perdona

Gran tocador de traseros convencido
Maestro en el arte de tocar el trasero
Su debilidad era que la mujer tuviera
La parte baja de la espalda llena de morados
Con la intención de tocarla de forma obscena
Se lanzó a salvar de la Sena
A una doncella que se estaba ahogando
¡Dama! al instante lo condecoraron
Este pequeño adorno en la solapa
Lo obliga a tener buenos modales
Porque queda mal con la insignia
Tocar, acariciar, los encantos de las chicas
El libertino; ¡nada de eso, Lisette!
La legión de honor no perdona

Un valiente autor de canciones grosero
Tenía la tendencia a hablar de forma cruda
¡Maldita sea, condenado, puta, y demás!
Adornaban sus más mínimas expresiones
Su musa una noche, distraída
Compuso, sin querer
Una canción sin groserías
Y lo condecoraron a tambor batiente
Y ahora que lleva esa cruz
Ya no tiene derecho a decir Mierda
Porque queda mal en sus labios
De gran comandante, términos demasiado bajos
Cantar al gran vicario y a los tres orfebres
La legión de honor no perdona

Escrita por: Jean Bertola