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El testamento

Maxime Le Forestier

Le testament

Je serai triste comme un saule
Quand le Dieu qui partout me suit
Me dira, la main sur l'épaule:
"Va-t'en voir là-haut si j'y suis."
Alors, du ciel et de la terre
Il me faudra faire mon deuil...
Est-il encore debout le chêne
Ou le sapin de mon cercueil?

S'il faut aller au cimetière,
Je prendrai le chemin le plus long,
Je ferai la tombe buissonnière,
Je quitterai la vie à reculons...
Tant pis si les croque-morts me grondent,
Tant pis s'ils me croient fou à lier,
Je veux partir pour l'autre monde
Par le chemin des écoliers.

Avant d'aller conter fleurette
Aux belles âmes des damnées,
Je rêve d'encore une amourette,
Je rêve d'encore m'enjuponner...
Encore une fois dire: "Je t'aime"...
Encore une fois perdre le nord
En effeuillant le chrysanthème
Qui est la marguerite des morts.

Dieu veuille que ma veuve s'alarme
En enterrant son compagnon,
Et que pour lui faire verser des larmes
Il n'y ait pas besoin d'oignon...
Qu'elle prenne en secondes noces
Un époux de mon acabit:
Il pourra profiter de mes bottes,
Et de mes pantouflee et de mes habits.

Qu'il boive mon vin, qu'il aime ma femme,
Qu'il fume ma pipe et mon tabac,
Mais que jamais - mort de mon âme! -
Jamais il ne fouette mes chats...
Quoique je n'aie pas un atome,
Une ombre de méchanceté,
S'il fouette mes chats, y'a un fantôme
Qui viendra le persécuter.

Ici-gît une feuille morte,
Ici finit mon testament...
On a marque dessus ma porte:
"Fermé pour cause d'enterrement."
J'ai quitté la vie sans rancune,
J'aurai plus jamais mal aux dents:
Me voilà dans la fosse commune,
La fosse commune du temps.

El testamento

Seré triste como un sauce
Cuando el Dios que me sigue a todas partes
Me diga, con la mano en el hombro:
'Vete a ver allá arriba si estoy'.
Entonces, del cielo y de la tierra
Tendré que hacer mi duelo...
¿Está aún en pie el roble
O el pino de mi ataúd?

Si debo ir al cementerio,
Tomaré el camino más largo,
Hacer la tumba a escondidas,
Dejaré la vida retrocediendo...
Qué más da si los enterradores me regañan,
Qué más da si piensan que estoy loco,
Quiero partir hacia el otro mundo
Por el camino de los escolares.

Antes de ir a cortejar
A las bellas almas de los condenados,
Sueño con un último amorío,
Sueño con volver a enloquecer...
Otra vez decir: 'Te amo'...
Otra vez perder el rumbo
Deshojando el crisantemo
Que es la margarita de los muertos.

Que mi viuda se alarme
Al enterrar a su compañero,
Y que para hacerla llorar
No necesite una cebolla...
Que en segundas nupcias
Tome un esposo como yo:
Puede disfrutar de mis botas,
Y de mis zapatillas y de mis ropas.

Que beba mi vino, que ame a mi mujer,
Que fume mi pipa y mi tabaco,
Pero que nunca -¡por mi alma muerta!-
Nunca azote a mis gatos...
Aunque no tenga ni un átomo,
Una sombra de maldad,
Si azota a mis gatos, hay un fantasma
Que vendrá a perseguirlo.

Aquí yace una hoja muerta,
Aquí termina mi testamento...
Han marcado en mi puerta:
'Cerrado por causa de entierro'.
He dejado la vida sin rencor,
Ya no tendré más dolor de muelas:
Aquí estoy en la fosa común,
La fosa común del tiempo.

Escrita por: Georges Brassens