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El rey y el labrador

Félix Leclerc

Le roi et le laboureur

Oh ce château, comme j'en ai plein le dos
Demain, je fais couper le cou d'un homme
C'est pourquoi je viens te voir, mon voisin
Pour oublier la loi que l'on tient
Parle-moi de ta femme au jardin
Montre-moi tes canards et ton chien
On doit m'chercher partout à la cour
J'suis sorti par l'échelle de la tour
Hâte-toi de me faire oublier
Les papiers qu'un roi doit signer

Oh majesté, comment vous consoler
Vous avez condamné mon frère
Au Soleil levé qui s'en vient
On le pouss'ra en haut des gradins
Dans son cou une corde de lin
De la soie pour attacher ses mains
Je vous prie, continuez vot' chemin
On ne peut unir nos deux chagrins
Vous êtes là pour punir les vilains
Laissez-moi les pleurer tout au moins

Oh ce métier, métier de justicier
Demain, je me ferai meunier ou moine
J'échangerais pour un vieux marais
Mon château, ma couronne, mes valets
Pour tes six canards, je donnerais
Les peintures qui ornent mon palais
J'ai lu tous les livres parfaits
Et connu tous les esprits bien faits
Quand je vois ton âne près des roseaux
Je voudrais au monde tourner le dos
Oh majesté, chacun son pauvr' métier
J'ai un trou à creuser: Excusez

El rey y el labrador

Oh, este castillo, ya estoy hasta la madre
Mañana, le cortaré el cuello a un hombre
Por eso vengo a verte, vecino
Para olvidar la ley que nos atañe
Háblame de tu esposa en el jardín
Muéstrame tus patos y tu perro
Deben buscarme por toda la corte
Salí por la escalera de la torre
Apúrate a hacerme olvidar
Los papeles que un rey debe firmar

Oh majestad, ¿cómo consolarle?
Usted ha condenado a mi hermano
Al sol naciente que se aproxima
Lo empujarán a lo alto de las gradas
En su cuello una soga de lino
De seda para atar sus manos
Le ruego, continúe su camino
No podemos unir nuestros dos pesares
Usted está aquí para castigar a los malvados
Déjeme llorarlos al menos

Oh este oficio, oficio de justiciero
Mañana, seré molinero o monje
Cambiaría por un viejo pantano
Mi castillo, mi corona, mis sirvientes
Por tus seis patos, daría
Las pinturas que adornan mi palacio
He leído todos los libros perfectos
Y conocido todos los espíritus bien formados
Cuando veo tu burro cerca de los juncos
Quisiera darle la espalda al mundo
Oh majestad, cada uno con su pobre oficio
Tengo un hoyo que cavar: disculpe

Escrita por: Félix Leclerc