395px

Tren de Vida

Mes Aïeux

Train de Vie

Alexis Lapointe était un bien drôle d'animal
Y'avait des springs dans ses runnings, c'tait un athlète phénoménal
Allez faire un tour au Lac St-Jean pis trouvez-vous un centenaire
Il vous le dira tout-de-go : « Bruny Surin c'est d'la p'tite bière »
À p'tite école et au village, quand on l'traitait de cabochon
Son père disait, tel un vieux sage : « C'est avec tes jambes que tu vas t'faire un nom »
Il galopait soir et matin en faisant swigner ses grandes cannes
Tout l'monde s'installait su'l'perron pour assister à ses shows d'boucane

Un jour, un riche investisseur s'intéressa au phénomène
Se dit qu'en l'exploitant un peu, il pourrait faire une couple de cennes
Et à partir de ce jour-là, on l'exhiba dans des foires
Et des quatre coins du royaume tout l'monde se pressait pour le voir
Sur le plus rapide des pur-sang, il l'emportait haut la main
Pas essoufflé, l'air innocent, il distançait même les trains
Sa légende gagna du terrain, franchit les frontières du pays
Trouva l'oreille d'un promoteur quelque part au États-Unis

Alexis, ralentis
La gloire est un train qui file à vive allure
La crinière au vent, le pied dans l'tapis
C'est sûr, tu vas finir par frapper ton mur
Tu t'essouffles pour épater la galerie

N'acceptant pas d'être second, comme tout bon américain
Le promoteur défia notre homme de v'nir affronter son poulain
Piqués à vif dans leur orgueil, toutes les bonnes gens du canton
Cassèrent leur cochon pour payer un billet d'train à leur champion
Non seulement du gros cash en jeu mais notre fierté nationale
Pour qu'Alexis performe mieux, il eût droit au service quatre étoiles
Dans l'hôtel le plus luxueux, on lui paya la meilleure chambre
Et en cadeau un quarante onces pour qu'il se frictionne les jambes

Mais si notre athlète possédait du cheval tous les attributs
Y'avait la jugeote d'un mulet, l'génie c'tait pas sa plus grande vertu
La veille d'la grande compétition, l'trotteur partit sur la rumba
Cala son alcool à friction en compagnie de filles de joie
Le lendemain d'brosse, son beau carrosse s'était transformé en citrouille
La gueule de bois, les yeux dans l'beurre, il a eu l'air d'une vraie picouille
De r'tour au royaume du bleuet, la défaite fut dure à avaler
Devant une telle déconfiture, tout le canton l'laissa tomber

Alexis, ralentis
Hey, tu cours après quoi, tu cours après qui ?
À c't'heure qu'y'a pus personne sur la galerie
Hey, tu te prends pour quoi, tu te prends pour qui ?
T'as pogné ta débarque, où sont tes vrais amis ?

Triste, comme une bête de cirque ne connaissant que son numéro
S'accrochait à sa gloire passée pendant qu'on riait dans son dos
Sans public, sans chapiteau, a ben fallu s'trouver une job ordinaire
Alexis s'engagea au CNR pour y bâtir des chemins d'fer
Il usa c'qu'il lui restait de santé à piocher au bruit des moteurs
En revivant dans ses pensées, toutes ses courses contre des chevaux-vapeurs

Un jour qu'il breakait pour le lunch, en janvier 1924
Comme d'habitude, vers la cantine, il marchait lentement sur la track
Une ombre noire le suivait, s'en était-il seulement aperçu ?
Le chauffeur d'la locomotive à sa démarche l'a reconnu
« Hey ! On va rire, j'vas faire une farce au fameux Alexis le Trotteur
J'y envoye deux p'tit coups de sifflette et je pousse à fond les moteurs »
Mais Alexis était rendu sourd, y'a pas entendu venir le train
La machine lui passa sur le corps comme une jambette du destin
Le train lui broya les deux jambes, ses deux seules fidèles amies
Il traversa le fil d'arrivée et ce jour-là personne n'a ri

Alexis, ralentis
Assis sur la galerie du Paradis
Toi tu r'gardes d'En Haut ceux qui te r'gardaient de haut
On court pis on s'énerve comme des p'tites fourmis
On s'épivarde, on s'éparpille comme des vraies queues d'veaux
Hey, on court après quoi, on court après qui ?
On s'essouffle pour épater la galerie
Hey, on se prend pour quoi, on se prend pour qui ?
On court après nos vies, ça en vaut-tu le prix ?

HUE, POPÉE, HUE !

Tren de Vida

Alexis Lapointe era un tipo bastante peculiar
Tenía resortes en sus zapatillas, era un atleta fenomenal
Vayan al Lago St-Jean y encuentren a un centenario
Les dirá de inmediato: 'Bruny Surin es solo una pequeñez'
En la escuela y en el pueblo, cuando lo llamaban tonto
Su padre decía, como un viejo sabio: 'Es con tus piernas que te harás un nombre'
Galopaba mañana y noche haciendo balancear sus largas piernas
Todos se sentaban en el porche para presenciar sus espectáculos de humo

Un día, un rico inversor se interesó en el fenómeno
Pensó que explotándolo un poco, podría ganar unos cuantos centavos
Y a partir de ese día, lo exhibieron en ferias
Y de todos los rincones del reino, la gente se apresuraba a verlo
En el pura sangre más rápido, ganaba fácilmente
Sin cansarse, con aire inocente, incluso superaba a los trenes
Su leyenda se extendió, cruzó las fronteras del país
Llegó a oídos de un promotor en algún lugar de los Estados Unidos

Alexis, baja la velocidad
La fama es un tren que va a toda velocidad
Con la melena al viento, acelerando a fondo
Seguro que terminarás chocando contra tu muro
Te agotas tratando de impresionar a la galería

Sin aceptar ser segundo, como todo buen americano
El promotor desafió a nuestro hombre a enfrentar a su caballo
Picados en su orgullo, todos los buenos vecinos del pueblo
Rompiendo el chanchito para pagar un boleto de tren a su campeón
No solo había mucho dinero en juego, sino también nuestro orgullo nacional
Para que Alexis rindiera mejor, tuvo derecho al servicio de cuatro estrellas
En el hotel más lujoso, le pagaron la mejor habitación
Y de regalo una botella de licor para que se frotara las piernas

Pero si nuestro atleta tenía todas las cualidades de un caballo
Le faltaba la inteligencia de una mula, la genialidad no era su mayor virtud
La víspera de la gran competencia, el trotador se fue de juerga
Se emborrachó con alcohol y compañía de mujeres de la vida alegre
Al día siguiente, su hermoso carruaje se había convertido en calabaza
Con resaca, con la mirada perdida, parecía un verdadero desastre
De vuelta en el reino del arándano, la derrota fue difícil de aceptar
Ante tal fracaso, todo el pueblo lo abandonó

Alexis, baja la velocidad
Hey, ¿qué estás persiguiendo, a quién estás persiguiendo?
A esta hora ya no hay nadie en la galería
Hey, ¿qué te crees, quién te crees?
Has tenido un golpe duro, ¿dónde están tus verdaderos amigos?

Triste, como un animal de circo que solo conoce su número
Se aferraba a su gloria pasada mientras se reían a sus espaldas
Sin público, sin carpa, tuvo que encontrar un trabajo común
Alexis se unió al CNR para construir vías férreas
Usó lo que le quedaba de salud para trabajar al ruido de los motores
Reviviendo en sus pensamientos todas sus carreras contra caballos de vapor

Un día que paraba para almorzar, en enero de 1924
Como de costumbre, hacia la cantina, caminaba lentamente por la vía
Una sombra negra lo seguía, ¿se habría dado cuenta?
El conductor de la locomotora reconoció su paso
'¡Hey! Nos vamos a reír, le haré una broma al famoso Alexis el Trotador
Le enviaré dos pitidos y aceleraré a fondo los motores'
Pero Alexis ya estaba sordo, no escuchó venir al tren
La máquina pasó sobre su cuerpo como un giro del destino
El tren le destrozó las dos piernas, sus únicas fieles amigas
Cruzó la línea de meta y ese día nadie se rió

Alexis, baja la velocidad
Sentado en la galería del Paraíso
Tú miras desde arriba a quienes te miraban desde arriba
Corremos y nos agitamos como pequeñas hormigas
Nos dispersamos, nos desbandamos como verdaderos novillos
Hey, ¿qué estamos persiguiendo, a quién estamos persiguiendo?
Nos agotamos tratando de impresionar a la galería
Hey, ¿qué nos creemos, quiénes nos creemos?
Corremos tras nuestras vidas, ¿vale la pena?

¡JALÓN, POPÉE, JALÓN!

Escrita por: