Tante Hélène
Elle vit tout là-bas,
Ma bonne tante Hélène.
Toujours, je la revois,
Sous son châle de laine:
Je l'imagine seule,
La nuit, dans son grand lit,
Sa tasse de tilleul,
Son missel, endormie.
Un chat triste épelait qu'elle a fait Washington,
Qui miaule pour son lait,
Et s'étire et ronronne,
L'horloge du beffroi
Égrainent les quarts d'heure.
Un passant, de son pas,
Lui fait battre le coeur.
Elle se réveillera,
Ma bonne tante Hélène,
Elle ira, dans le froid,
Entrouvrir ses persiennes;
Elle verra, dans la glace,
Des rides qui font leurs traces,
??? ??? ??? ???
La concierge, à huit heures,
Lui fera un "bonjour",
De l'air très supérieur
Des gens qui ont l'amour.
En quittant l'autobus,
Elle retrouvera
Son bureau, son cactus,
Chez un vieil avocat.
Je sais qu'elle était belle,
Ma bonne tante Hélène,
Elle n'était pas pressée
Et le temps a passé:
Aujourd'hui, elle est là,
Personne à ses côtés,
Mais elle ne se plaint pas:
Elle a tant de bonté.
A Noël ou à Pâques,
Ma bonne tante Hélène,
Elle envoie un mandat
Pour Francis et pour Jacques.
Elle a pour seul enfant
Les enfants de ses frères,
Elle est là:
Elle est ma mère.
Un jour, elle mourra,
Ma bonne tante Hélène.
Moi, je lui offrirai
Un beau cercueil en chêne.
L'amour, pour bien des gens,
Est-ce un oiseau laissé,
Qui lutte dans le vent
Et n'arrive jamais?
Demain, qui se souviendra
De celle qui n'avait
Pour famille qu'un chat,
Pour seul bien sa bonté?
Et puis, on l'oubliera,
Dans la pluie et le froid;
Elle continuera
A porter seule sa croix.
J'irai la voir demain,
Ma bonne tante Hélène,
Elle veille sur moi
Et m'enlève ma peine.
Je ne l'oublierai pas,
Ma bonne tante Hélène!
La la la, la la la,
La la la, la la, la.
Tía Elena
Ella vive allá,
Mi buena tía Elena.
Siempre la recuerdo,
Bajo su chal de lana:
La imagino sola,
En la noche, en su gran cama,
Su taza de tilo,
Su misal, dormida.
Un gato triste deletreaba que ella hizo Washington,
Maúlla por su leche,
Se estira y ronronea,
El reloj del campanario
Va marcando los cuartos de hora.
Un transeúnte, con su paso,
Le hace latir el corazón.
Ella despertará,
Mi buena tía Elena,
Saldrá, en el frío,
A entreabrir sus persianas;
Verá, en el espejo,
Las arrugas que dejan su huella,
??? ??? ??? ???
La portera, a las ocho,
Le dará un 'buenos días',
Con un aire muy superior
De la gente que tiene amor.
Al bajar del autobús,
Encontrará de nuevo
Su oficina, su cactus,
En el despacho de un viejo abogado.
Sé que era hermosa,
Mi buena tía Elena,
No tenía prisa
Y el tiempo ha pasado:
Hoy, está allí,
Sin nadie a su lado,
Pero no se queja:
Tiene tanta bondad.
En Navidad o en Pascua,
Mi buena tía Elena,
Envía un giro
Para Francis y para Jacques.
Tiene como único hijo
A los hijos de sus hermanos,
Ella está allí:
Ella es mi madre.
Un día, morirá,
Mi buena tía Elena.
Yo le ofreceré
Un bello ataúd de roble.
¿El amor, para mucha gente,
Es un pájaro abandonado,
Que lucha en el viento
Y nunca llega?
¿Mañana, quién recordará
A aquella que no tenía
Como familia más que un gato,
Como único bien su bondad?
Y luego, la olvidarán,
En la lluvia y el frío;
Ella seguirá
Cargando sola su cruz.
Iré a verla mañana,
Mi buena tía Elena,
Ella vela por mí
Y me quita mi pena.
¡No la olvidaré,
Mi buena tía Elena!
La la la, la la la,
La la la, la la, la.