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Basta

Claude Nougaro

Assez

Il serait temps que l'homme s'aime
Depuis qu'il sème son malheur
Il serait temps que l'homme s'aime
Il serait temps, il serait l'heure
Il serait temps que l'homme meure
Avec un matin dans le cœur
Il serait temps que l'homme pleure
Le diamant des jours meilleurs

Assez, assez, crient les gorilles, les cétacés
Arrêtez votre humanerie
Assez, assez, crient le désert et les glaciers
Crient les épines hérissées
Déclouez votre Jésus-Christ
Assez, suffit

Il serait temps que l'homme règne
Sur le grand vitrail de son front
Depuis les siècles noirs qu'il saigne
Dans les barbelés de ses fronts
Il serait temps que l'homme arrive
Sans l'ombre avec lui de la peur
Et dans sa bouche la salive
De son appétit de terreur

Assez, assez, crie le ruisseau dans la prairie
Crie le granit, crie le cabri
Assez, assez, crie la petite fille en flamme
Dans son dimanche de napalm
Éteignez-moi, je vous en prie
Assez, suffit

Que l'homme s'aime, c'est peu dire
Mais c'est là, mon pauvre labeur
Je le dis à vos poêles à frire
Moi, le petit soldat de beurre
Que l'homme s'aime, c'est ne dire
Qu'une parole rebattue
Et sur ma dérisoire lyre
Voyez déjà, elle s'est tue

Mais voici que dans le silence
S'élève encore l'immense cri
Délivrez-vous de vos démences
Crie l'éléphant, crie le cricri
Crient le sel, le cristal, le riz
Crient les forêts, le colibri
Les clématites et les pensées
Le chien jeté dans le fossé

La colombe cadenassée
Entendez-le ce cri immense
Ce cri, ce rejet, cette transe
Expatriez votre souffrance
Crient les sépulcres et les nids
Assez, assez, fini

Basta

Sería hora de que el hombre se ame
Desde que siembra su desgracia
Sería hora de que el hombre se ame
Sería hora, ya es tiempo
Sería hora de que el hombre muera
Con una mañana en el corazón
Sería hora de que el hombre llore
El diamante de días mejores

Basta, basta, gritan los gorilas, los cetáceos
Detengan su humanidad
Basta, basta, gritan el desierto y los glaciares
Gritan las espinas erizadas
Desclaven a su Jesucristo
Basta, es suficiente

Sería hora de que el hombre reine
Sobre el gran vitral de su frente
Desde los siglos oscuros que sangra
En las alambradas de sus frentes
Sería hora de que el hombre llegue
Sin la sombra de miedo a su lado
Y en su boca la saliva
De su apetito de terror

Basta, basta, grita el arroyo en la pradera
Grita el granito, grita el cabrito
Basta, basta, grita la niña en llamas
En su domingo de napalm
Apáguenme, se los ruego
Basta, es suficiente

Que el hombre se ame, es poco decir
Pero ahí está, mi pobre labor
Se lo digo a sus sartenes
Yo, el pequeño soldado de mantequilla
Que el hombre se ame, es no decir
Más que una palabra repetida
Y sobre mi ridícula lira
Ya ven, se ha callado

Pero aquí en el silencio
Se eleva aún el inmenso grito
Libérense de sus demencias
Grita el elefante, grita el grillo
Gritan la sal, el cristal, el arroz
Gritan los bosques, el colibrí
Las clemátides y los pensamientos
El perro arrojado en la zanja

La paloma encadenada
Escuchen este grito inmenso
Este grito, este rechazo, esta trance
Expatríen su sufrimiento
Gritan los sepulcros y los nidos
Basta, basta, se acabó

Escrita por: Maurice Vander / Claude Nougaro