395px

Édith

Serge Reggiani

Édith

J'écoute Edith, sur un phono
Par hasard un disque en mono
La chanson est de Marguerite
Qui n'a pas connu Gémini
Ni les Minets, ni les mini-
Jupes ou cerveaux qu'on nous débite
Je connais la chanson par cur
Je ne vois pas pourquoi j'ai peur
Soudain d'apprendre quelque chose
De tragique et bête à la fois
Qui n'existait pas autrefois
Quand tu chantais La vie en rose

Cela ne dépend pas de moi
Tu chantes de la même voix
Que tu as gravée dans la cire
La chose est arrivée depuis
Chez les vivants qui t'ont conduite
Où l'on éclate plus de rire
En quoi cet instant de salut
A deux refrains qui m'avaient plu
Peut-il jeter en moi ce trouble
Qui me laisse désemparé
Comme si j'avais comparé
Du Pommard avec du Chirouble

Edith, les enfants n'ont de toi
Qu'une image tenue parfois
De myopes intermédiaires
Et ils ne sauront jamais plus
Ce que c'est que d'avoir perdu
Sa lumière dans ta lumière
Que de t'avoir donné la main
Ou le cur un bout de chemin
Que d'avoir effleuré ton rêve
Ils n'entendront que les échos
Déformés de tous les bancos
De ton existence trop brève

On est libre étant cabotin
D'améliorer son picotin
Avec des revers de médaille
Chacun s'arrange à sa façon
Souviens toi de Reims, de Soissons
Et du cirque à tes funérailles
On force un peu plus simplement
On vend son papa sa maman
Avec plus ou moins d'aptitudes
On a du monde autour de soi
Ce n'est pas toujours avec joie
Que l'on manque de rectitude

Heureux sont ceux qui ont brillé
Edith, dans ton rêve éveillé
C'est une merveilleuse histoire
Lorsque l'on a rien qu'une fois
Eut le droit de poser le bras
Sur la soie de ta robe noire
Tu n'as pas connu Gémini
Ni les minets ni le mini-
Jupes ou cerveaux qu'on nous débite
Mais tu chantes sur mon phono
Par hasard un disque en mono
La chanson est de Marguerite

Édith

Escucho a Édith, en un fonógrafo
Por casualidad un disco en mono
La canción es de Marguerite
Que no conoció a Gémini
Ni a los minos, ni las mini
Faldas o cerebros que nos sueltan
Conozco la canción de memoria
No entiendo por qué tengo miedo
De repente de aprender algo
De trágico y estúpido a la vez
Que no existía antes
Cuando cantabas La vie en rose

Eso no depende de mí
Cantas con la misma voz
Que grabaste en la cera
La cosa ha pasado desde
Entre los vivos que te llevaron
Donde se ríe más a carcajadas
En qué puede este instante de saludo
Con dos estribillos que me gustaron
Arrojar en mí esta inquietud
Que me deja desorientado
Como si hubiera comparado
Pommard con Chirouble

Édith, los niños solo tienen de ti
Una imagen tenue a veces
De miopes intermedios
Y nunca sabrán más
Lo que es haber perdido
Tu luz en su luz
Que haberte dado la mano
O el corazón un trecho
Que haber rozado tu sueño
Solo oirán los ecos
Deformados de todos los bancos
De tu existencia tan breve

Somos libres siendo payasos
De mejorar nuestro picoteo
Con reversos de medalla
Cada uno se las arregla a su manera
Recuerda Reims, Soissons
Y el circo en tus funerales
Forzamos un poco más simple
Vendemos a papá y a mamá
Con más o menos habilidades
Hay gente alrededor de uno
No siempre es con alegría
Que se carece de rectitud

Felices son aquellos que han brillado
Édith, en tu sueño despierto
Es una maravillosa historia
Cuando solo una vez
Tuviste el derecho de posar el brazo
Sobre la seda de tu vestido negro
No conociste a Gémini
Ni a los minos ni las mini
Faldas o cerebros que nos sueltan
Pero cantas en mi fonógrafo
Por casualidad un disco en mono
La canción es de Marguerite

Escrita por: Michel Legrand / Jean Dréjac