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Juan de las brumas

Serge Reggiani

Jean des brumes

Il a posé son chevalet
Au premier jour de la neuvaine
Dans ce hameau de Pont-Aven
Ou nos jeunesses cavalaient

Entre sarcasmes et chapelets
Il faisait naître sur ses toiles
De drôles d'étés, de drôles d'étoiles
Nous, on courait sur les galets

Il avait des cheveux d'archange
Et ce regard vers l'intérieur
Cette lumière supérieure
Qui vous pénètre et vous dérange

Sa gueule bouffée par ses yeux
Portait l'empreinte des embruns
Et son pinceau brûlait sa main
Et sa main barbouillait du feu

C'était Jean des brumes
Un marin de terre
Avec son costume
D'amertume et de mystère
C'était Jean des brumes
Un géant botté
De plomb et de plumes
Je suis passé à côté

Ce n'était pas un peintre, non
Ce n'était qu'un témoin d'amour
Un assassin de vieux discours
Qui se foutait d'avoir un nom

Quand il nous a quittés, c'était
Le dernier jour de la neuvaine
Mais le clocher de Pont-Aven
Depuis qu'il s'est flingué se tait

C'était Jean des brumes
Un marin de terre
Avec son costume
D'amertume et de mystère

C'était Jean des brumes
Moi j'avais quinze ans
Son aura posthume
Me suit encore à présent

Tous les Jean des brumes
Sont toujours lestés
De plomb sous les plumes
Il ne l'a pas supporté

Une vie s'allume
Une vie s'éteint
Comme Jean des brumes
Parfois je hais les matins
Jean des brumes

Juan de las brumas

Él puso su caballete
En el primer día de la novena
En este pueblito de Pont-Aven
Donde nuestra juventud galopaba

Entre sarcasmos y rosarios
Él hacía nacer en sus lienzos
Veranos extraños, estrellas raras
Nosotros corríamos sobre los guijarros

Tenía cabello de arcángel
Y esa mirada hacia adentro
Esa luz superior
Que te penetra y te incomoda

Su cara marcada por sus ojos
Llevaba la huella de las brisas
Y su pincel quemaba su mano
Y su mano manchaba de fuego

Era Juan de las brumas
Un marinero de tierra
Con su traje
De amargura y misterio
Era Juan de las brumas
Un gigante con botas
De plomo y plumas
Pasé a su lado

No era un pintor, no
Solo era un testigo del amor
Un asesino de viejos discursos
Que no le importaba tener un nombre

Cuando nos dejó, fue
El último día de la novena
Pero el campanario de Pont-Aven
Desde que se suicidó, guarda silencio

Era Juan de las brumas
Un marinero de tierra
Con su traje
De amargura y misterio

Era Juan de las brumas
Yo tenía quince años
Su aura póstuma
Me sigue aún en el presente

Todos los Juan de las brumas
Siempre están cargados
De plomo bajo las plumas
Él no lo soportó

Una vida se enciende
Una vida se apaga
Como Juan de las brumas
A veces odio las mañanas
Juan de las brumas

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