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La Caza Presidencial

Reinhard Mey

La Chasse Présidentielle

Au château d'Anguilles-sous-Rochers
C'est le jour traditionell:
Le Duc Alfred a organisé
Une chasse présidentielle
Au canard sauvage
De son élevage.
On fera la fête
A toutes ces bêtes
Que le Duc a fait installer savamment
Dans ses bois la veille pour beaucoup d'argent.

Deux généraux arrivent haletants,
Suivis du corps diplomatique.
Après un cardinal armé jusqu'aux dents,
Trois jeunes cadres dynamiques,
Un syndicaliste,
Quelques monarchistes,
Un prix littéraire,
De hauts fonctionnaires.
Sortant d'un tailis, affolé, un vieillard,
Quand sonnent les trompes, accourt sur son brancard.

Les coups de feu claquent de tous les côtés.
Un teckel émerge en boitant
D'un épais nuage de fumée,
On l'avait pris pour un faisan.
Le Duc en déroute
Abat le casse-croûte,
Qu'un prêtre profane
Avait sous sa soutane.
Les plombs transpercent rillettes et camembert,
Un sanglier se rend les deux pattes en l'air.

«Que vois-je donc paraître à l'orée du bois?»
Le vieillard ne voit plus très clair.
«On va faire un sort à cette bête-là
Qui ressemble assez à un cerf!»
On met sa civière près de la lisière.
Il prend l'escopette,
Trouve la gâchette,
Il vise, il tire, ainsi finit la carrière
Du Ministre des affaires étrangères.

Quand le vieillard crie «Hallali! Nous l'avons»
L'ambiance devient pesante.
On remet des notes de protestation
Extrêmenent violentes.
«Mais quoi qu'on en pense,
A cette distance,
Il faut reconnaître:
C'est un coup de maître»
Et d'ailleurs le ministre se raconte-t-on,
Fréquentait des membres de l'opposition.

La nuit tombe au château et la paix revient,
La fumée de poudre envolée.
Le Cardinal vient bénir le butin
De pauvre gibier fatigué:
La laie asthmatique,
Les canards phtisiques,
La chasse s'arrose,
Et puis on propose
D'offrir le butin, car on est généreux,
A l'orphelinat des Enfants du Bon Dieu.

La Caza Presidencial

En el castillo de Anguilas-sous-Rochers
Es el día tradicional:
El Duque Alfred ha organizado
Una caza presidencial
Al pato salvaje
De su crianza.
Se celebrará
A todas esas bestias
Que el Duque hizo instalar cuidadosamente
En sus bosques el día anterior por mucho dinero.

Dos generales llegan jadeantes,
Seguidos por el cuerpo diplomático.
Después de un cardenal armado hasta los dientes,
Tres jóvenes ejecutivos dinámicos,
Un sindicalista,
Algunos monárquicos,
Un premio literario,
Altos funcionarios.
Saliendo de un matorral, asustado, un anciano,
Cuando suenan las trompetas, corre hacia su camilla.

Los disparos resuenan por todos lados.
Un teckel emerge cojeando
De una densa nube de humo,
Lo habían confundido con un faisán.
El Duque, desconcertado,
Abate el refrigerio,
Que un cura profano
Tenía bajo su sotana.
Los perdigones atraviesan rillettes y camembert,
Un jabalí se rinde con las dos patas en el aire.

'¿Qué veo aparecer en el borde del bosque?'
El anciano ya no ve muy claro.
'¡Vamos a acabar con esa bestia
Que se parece bastante a un ciervo!'
Colocan su camilla cerca del borde.
Toma la escopeta,
Encuentra el gatillo,
Apunta, dispara, así termina la carrera
Del Ministro de Asuntos Exteriores.

Cuando el anciano grita '¡Hallali! Lo tenemos'
El ambiente se vuelve tenso.
Se presentan notas de protesta
Extremadamente violentas.
'Pero sea lo que sea,
A esta distancia,
Hay que reconocer:
Es un golpe maestro'
Y además se rumorea que el ministro,
Frecuentaba a miembros de la oposición.

La noche cae en el castillo y la paz regresa,
La humareda de pólvora se disipa.
El Cardenal viene a bendecir el botín
De pobres presas cansadas:
La jabalina asmática,
Los patos tísicos,
La caza se celebra,
Y luego se propone
Ofrecer el botín, porque somos generosos,
Al orfanato de los Niños de Dios.

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