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A todos los niños

Sauvage Catherine

À tous les enfants

A tous les enfants qui sont partis le sac à dos
Par un brumeux matin d'avril
Je voudrais faire un monument
A tous les enfants qui ont pleuré le sac au dos
Les yeux baissés sur leurs chagrins
Je voudrais faire un document

Pas de pierre, pas de béton, ni
de bronze qui devient vert sous la morsure
aiguë du temps
Un monument de leur souffrance
Un monument de leur terreur
Aussi de leur étonnement
Voilà le monde parfumé, plein de
rires, plein d'oiseaux bleus, soudain
griffé d'un coup de feu
Un monde neuf où
sur un corps qui va tomber grandit une tache
de sang
Mais à tous ceux qui sont restés les pieds
au chaud, sous leur bureau en calculant
le rendement de la guerre qu'ils ont voulue
A tous les gras, tous les cocus qui
ventripotent dans la vie et
comptent et comptent leurs écus
A tous ceux-là je dresserai le monument
qui leur convient avec la schlague avec
le fouet, avec mes pieds, avec mes poings
Avec des mots qui colleront sur leurs
faux-plis, sur leurs bajoues, des marques
de honte et de boue.

A todos los niños

A todos los niños que se fueron con la mochila al hombro
En una neblinosa mañana de abril
Quisiera hacer un monumento
A todos los niños que lloraron con la mochila al hombro
Los ojos bajos por sus penas
Quisiera hacer un documento

Sin piedra, sin concreto, ni
bronce que se vuelve verde bajo la mordedura
aguda del tiempo
Un monumento a su sufrimiento
Un monumento a su terror
También a su asombro
Aquí está el mundo perfumado, lleno de
risas, lleno de pájaros azules, de repente
arañado por un disparo
Un mundo nuevo donde
en un cuerpo que cae crece una mancha
de sangre
Pero a todos aquellos que se quedaron con los pies
calientes, bajo su escritorio calculando
el rendimiento de la guerra que quisieron
A todos los gordos, todos los cornudos que
se pavonean en la vida y
cuentan y cuentan sus monedas
A todos ellos les levantaré el monumento
que les corresponde con el látigo con
el látigo, con mis pies, con mis puños
Con palabras que se pegarán en sus
pliegues falsos, en sus papadas, marcas
de vergüenza y lodo.

Escrita por: Boris Vian / Claude Vence