Viens, maman
C'était une fille une fleur du faubourg
qui comme d'autres s'était mise à boire
pour oublier quelque chagrin d'amour
c'est des gueux l'éternelle histoire
courant les rues son p'tit gosse un batard
chaque soir la retrouvant grise
au bar du coin titubant l'oeil hagard
tout échevelée et clamant des bêtises
sans comprendre alors le gamin
lui disait en pressant la main
Viens, maman
ils t'regardent
ils t'appellent la pocharde
pourquoi donc
ces hommes-là
derrière toi rient comme ça
moi j'veux pas, ma p'tite mère
qu'on te fasse des misères
j'suis pas fort j'suis pas grand
mais tu vois j'te défends
viens, maman
viens, maman
C'était l'hiver il sortait d'l'atelier
près d'un bar il vit une foule
se bousculer et semblant s'égayer
il entend parbleu elle est saoûle
c'était sa mère affalée dans le ruisseau
l'gosse alors bravant tous les rires
les mots railleurs et grossiers des badauds
puis à genoux tendrement s'mit à dire
ces gens-là auraient plus de pitié
s'ils savaient ton triste passé
viens maman
ils t'regardent
ils t'appellent la pocharde
mais toi donc
tu n'dis rien
ton regard semble éteint
comme c'est lâche cette foule
qui piétine une femme saoûle
quand la boue et le sang
souille ses cheveux blancs
pauv'maman
pauv'maman
Ven, mamá
Era una chica, una flor del barrio
que como otras había empezado a beber
para olvidar algún desamor
es la eterna historia de los desamparados
corriendo por las calles, su pequeño hijo, un bastardo
cada noche la encontraba ebria
en el bar de la esquina, tambaleante, con la mirada perdida
toda despeinada y diciendo tonterías
sin entender entonces, el niño
le decía apretándole la mano
Ven, mamá
ellos te miran
te llaman la borracha
¿por qué entonces
esos hombres
se ríen detrás de ti así?
Yo no quiero, mi pequeña madre
que te hagan sufrir
no soy fuerte, no soy grande
pero ves, te defiendo
ven, mamá
ven, mamá
Era invierno, salía del taller
cerca de un bar vio una multitud
empujándose y pareciendo alegrarse
oye, por Dios, está ebria
era su madre tirada en el arroyo
el chico entonces desafiando todas las risas
las palabras burlonas y groseras de los curiosos
luego de rodillas tiernamente se puso a decir
esas personas tendrían más compasión
si supieran tu triste pasado
ven, mamá
ellos te miran
te llaman la borracha
pero tú
no dices nada
tu mirada parece apagada
qué cobarde es esa multitud
que pisa a una mujer ebria
cuando el barro y la sangre
manchan sus cabellos blancos
pobre mamá
pobre mamá