395px

Lázaro y Cecilia

Anne Sylvestre

Lazare et Cécile

On dit que Lazare et Cécile
Se sont enfuis cette nuit
Et que la lune docile
Jusqu'au matin n'a pas luit
On dit qu'un foulard de brume
Fit pour elle un voile blanc
Fit à Lazare un costume
Tissé de nacre et d'argent

On le savait au village
Que Cécile allait souvent
Rêvasser dans les herbages
Et danser avec le vent
On riait de ce Lazare
Sans amie sans fiancée
Qui rôdait près de la mare
Et n'allait jamais danser

On dit que Lazare et Cécile
Ont un soir changé d'avis
C'était pourtant pas facile
De se cacher près d'ici
Ils ont joint leur solitude
Ils ont partagé le vent
Prenant la douce habitude
De s'aimer secrètement

Au bout de quelques semaines
Il parut aux indiscrets
Que dans sa jupe de laine
Cécile s'alourdissait
Lors il fallut les entendre
Tous crier au déshonneur
Mais Cécile qui est tendre
A préféré le bonheur

On dit que Lazare et Cécile
Se sont enfuis cette nuit
Il y a bien des imbéciles
Pour en sourire aujourd'hui
Pourtant jusqu'au bout des saules
Ils se sont tenus la main
Puis épaule contre épaule
Ils ont suivi leur chemin

On aurait voulu peut-être
Voir Cécile dans l'étang
Et sur la branche d'un hêtre
Trouver Lazare pendant
Sans gêne on aurait pu suivre
Leur cortège en soupirant
Mais ceux que l'amour délivre
Préfèrent s'aimer vivants

On dit que Lazare et Cécile
Se sont mariés cette nuit
Dans la lumière fragile
Des heures d'après minuit
On dit qu'au creux de la mare
La lune en deux se brisa
Formant deux anneaux bizarres
Qu'ils se glissèrent au doigt

Lorsque ils ont couru ensemble
Le vent leur fit un manteau
Moi qui ne dormais pas j'en tremble
De les avoir vus si beaux
Toi, Cécile, toi, Lazare
Apprenez à votre enfant
Que jamais on ne sépare
Ceux qui s'aiment simplement

Que jamais on ne sépare
Ceux qui s'aiment simplement

Lázaro y Cecilia

Se dice que Lázaro y Cecilia
Huyeron esta noche
Y que la luna dócil
Hasta la mañana no brilló
Se dice que un pañuelo de niebla
Hizo para ella un velo blanco
Hizo a Lázaro un traje
Tejido de nácar y plata

En el pueblo se sabía
Que Cecilia solía
Soñar despierta en los prados
Y bailar con el viento
Se reían de ese Lázaro
Sin amiga, sin prometida
Que merodeaba cerca del estanque
Y nunca iba a bailar

Se dice que Lázaro y Cecilia
Una noche cambiaron de opinión
No era fácil
Esconderse cerca de aquí
Unieron su soledad
Compartieron el viento
Tomando la dulce costumbre
De amarse en secreto

Después de algunas semanas
A los chismosos les pareció
Que en su falda de lana
Cecilia engordaba
Entonces tuvieron que escuchar
A todos gritar deshonra
Pero Cecilia, que es tierna
Prefirió la felicidad

Se dice que Lázaro y Cecilia
Huyeron esta noche
Hay muchos tontos
Que hoy sonríen al respecto
Sin embargo, hasta el final de los sauces
Se tomaron de la mano
Luego hombro con hombro
Siguieron su camino

Quizás hubiéramos querido
Ver a Cecilia en el estanque
Y en la rama de un haya
Encontrar a Lázaro esperando
Sin pudor podríamos haber seguido
Su cortejo suspirando
Pero aquellos a quienes el amor libera
Prefieren amarse vivos

Se dice que Lázaro y Cecilia
Se casaron esta noche
En la frágil luz
De las horas después de medianoche
Se dice que en el hueco del estanque
La luna se partió en dos
Formando dos anillos extraños
Que se deslizaron en sus dedos

Cuando corrieron juntos
El viento les hizo un abrigo
Yo, que no dormía, tiemblo
De haberlos visto tan bellos
Tú, Cecilia, tú, Lázaro
Enseñen a su hijo
Que nunca se separa
A quienes se aman simplemente

Que nunca se separa
A quienes se aman simplemente

Escrita por: