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La carta de despedida

Anne Sylvestre

La lettre d'adieu

Une lettre d'Armand!
Elle ébauche un sourire
C'est presque un revenant
Qu'a-t-il donc à lui dire?
Une courte folie
Vagabonde adultère
Les avait réunis
Dans le plus grand mystère
Il n'en était resté
Qu'une vague tendresse
Et quelques déjeuners
Teintés de gentillesse

Adieu, car c'en est trop
Je n'ai plus de courage
Quand tu liras ces mots
J'aurai plié bagage

Ils étaient rescapés
De blessures semblables
Mais n'avaient pas tenté
De bâtir sur le sable
Quelques acrobaties
Dans des lits de passage
Lorsque des mains amies
Hébergeaient leurs voyages
Avaient su malgré tout
Esquisser sans ratures
Les contours un peu flous
D'une aimable aventure

Adieu, ça fait trop mal
Où est passée ma vie?
Je n'ai plus le moral
Et plus aucune envie

Il y eut des étés
Il y eut des absences
Trop de moments passés
À guetter le silence
Des rendez-vous manqués
Des faux-pas, des esquives
Téléphones tronqués
Toujours sur le qui-vive
Et tout se dénoua
Sans même une rupture
En laissant derrière soi
Une douceur qui dure

Adieu, c'est décidé
J'ai écrit à ma mère
À ma femme dévouée
Et à toi, la dernière

Et il la remercie
Pour cette part de rêve
Et pour cette éclaircie
Quand il manquait de sève
Elle tombe en sanglots
Les souvenirs l'agressent
Elle revit les complots
Les rires, les caresses
Balaie jusqu'au fond
Se mouche à perdre haleine
S'enferme, se morfond
Liquide enfin sa peine

Allo, je suis resté
J'ai raté mon voyage
Ma femme m'a repêché
Pardon, je serai sage

Ah, non! Je t'ai pleuré
Pleuré jusqu'au naufrage
J'ai tout cicatrisé
Tu peux mourir, dégage!

Et elle a raccroché

La carta de despedida

Una carta de Armand!
Ella esboza una sonrisa
Es casi un fantasma
¿Qué tiene él que decirle?
Una breve locura
Vagabunda adúltera
Los había reunido
En el mayor misterio
Solo quedaba
Un vago cariño
Y algunos desayunos
Teñidos de amabilidad

Adiós, porque es demasiado
Ya no tengo valor
Cuando leas estas palabras
Habré hecho las maletas

Habían sobrevivido
A heridas similares
Pero no habían intentado
Construir sobre la arena
Algunas acrobacias
En camas de paso
Cuando manos amigas
Alojaban sus viajes
Habían logrado a pesar de todo
Esbozar sin tachaduras
Los contornos un poco borrosos
De una amable aventura

Adiós, duele demasiado
¿Dónde está mi vida?
Ya no tengo ánimo
Y ninguna ganas más

Hubo veranos
Hubo ausencias
Demasiados momentos pasados
Esperando el silencio
Citas fallidas
Tropiezos, evasiones
Teléfonos cortados
Siempre alerta
Y todo se resolvió
Sin siquiera una ruptura
Dejando atrás
Una dulzura que perdura

Adiós, está decidido
He escrito a mi madre
A mi esposa devota
Y a ti, la última

Y él le agradece
Por esa parte de sueño
Y por ese claro
Cuando le faltaba la savia
Ella rompe en llanto
Los recuerdos la agobian
Revive las conspiraciones
Las risas, las caricias
Barre hasta el fondo
Se suena sin aliento
Se encierra, se consume
Finalmente liquida su dolor

Hola, me quedé
Perdí mi viaje
Mi esposa me rescató
Perdón, seré bueno

¡Ah, no! Te lloré
Lloré hasta el naufragio
Todo cicatrizó
Puedes morir, ¡lárgate!

Y ella colgó

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