Le Temps Des Mitaines
Les petits garçons ont mis leurs mitaines,
Et, dans la forêt, vont cherchant le loup,
Parmi farfadets et croquemitaines,
Le loup défendu, le grand loup-garou...
Les petites filles ont mis leurs sabots
Claquant au soleil, et longs bas de laine,
Sur l'arbre figé, crèvent les corbeaux,
Sur l'arbre, là-haut, à la file indienne...
Elles ouvrent des boîtes, sortent des poupées,
Repeignent les tresses et rient aux éclats,
Trop loin de leur mère, transis et groupés,
Dans la neige meurent quatre chinchillas!
Les petits enfants sauront bien quand même,
Que Pâques ou Noël, ça n'existe pas,
Plus tard, bien plus tard, au temps des "je t'aime",
Au temps à venir ou en ce temps-là...
Le temps des fusils, des mortes Marlène,
Des matins troués d'obus en éclats,
Des gros sous cachés dans les bas de laine,
Du pain refusé à ces pauvres-là...
Et ils grandiront, le cœur plein de haine,
D'anciennes frayeurs riant aux éclats,
Ils iront chasser l'homme dans la plaine
Et verront soudain passer le Horla!
Où est-il, mon Dieu, le temps des sabots,
Ce temps d'insouciance et de mes mitaines,
Où tranquillement crevaient les corbeaux,
Sur l'arbre, là-haut, à la file indienne?
El Tiempo de los Guantes
Los niños pequeños se pusieron sus guantes,
Y en el bosque van buscando al lobo,
Entre duendes y monstruos,
El lobo prohibido, el gran hombre lobo...
Las niñas pequeñas se pusieron sus zuecos
Chocando al sol, y largas medias de lana,
En el árbol congelado, revientan los cuervos,
En el árbol, arriba, en fila india...
Abren cajas, sacan muñecas,
Peinan las trenzas y ríen a carcajadas,
Demasiado lejos de su madre, temblando y juntos,
¡En la nieve mueren cuatro chinchillas!
Los niños sabrán de todas formas,
Que la Pascua o Navidad, no existen,
Más tarde, mucho más tarde, en el tiempo de los 'te amo',
En el tiempo por venir o en aquel entonces...
El tiempo de las pistolas, de las muertas Marlène,
De las mañanas agujereadas por estallidos de obuses,
De las monedas escondidas en las medias de lana,
Del pan negado a esos pobres...
Y crecerán, con el corazón lleno de odio,
De antiguos miedos riendo a carcajadas,
Irrumpirán a cazar al hombre en la llanura
¡Y verán pasar repentinamente al Horla!
¿Dónde está, Dios mío, el tiempo de los zuecos,
Ese tiempo de despreocupación y mis guantes,
Donde tranquilamente morían los cuervos,
En el árbol, arriba, en fila india?