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El Viaje

Tachan Henri

Le Voyage

Allez! Attelons
Mon bel étalon
Et partons pour l'Argentine,
Laissons ces frelons,
En chapeaux melons
Bourdonner à leur cuisine!

Si on croit que c'est,
Pour cause de décès,
Qu'aujourd'hui, je mets les voiles,
On n'aura pas tort:
Je vais faire le mort
Plus loin que le Portugal...

Je veux essayer
D'un peu oublier
Tout ce vacarme infernal,
Les banques et l'or
Et les coffres-forts
Et le drapeau national!

Mais v'là qu'on m'attrape,
Au fond d'une trappe,
Entre Hambourg et Honfleur,
Qu'on veut mes papiers,
Qu'on m'ordonne d'avouer
Mes détournements d'mineures,

Mes vingt-deux nourrices,
Mes postes de police
Et toutes les preuves par quatre
Qu'j'suis pas Jean-Baptiste,
En plus on insiste
A me faire fouetter et battre!

Et pour qu'on m'gracie,
Faut qu'je dise "Merci
Et encore pardon, mon brave",
Faut qu'j'me fasse tout p'tit,
Souriant, soumis,
Faut que je me fasse esclave!

Puis, me v'là r'parti,
Sur la pointe des griff'es
Faut toujours partir en douce,
Dans le vent, la pluie,
Déçu et meurtri,
Me voilà à Vera-Cruz...

Je cherche un abri,
Je cherche une amie,
Quelques accords de guitare,
Tout est déjà pris,
Acheté, sali:
Une métisse pour un dollar!

Me v'là galopant,
D'Asie en Orient,
Et des Indes en Amérique,
Je n'ai plus de dents,
J'ai perdu mon sang,
J'ai perdu mon sens critique...

Allez! Revenons,
Mon bel étalon,
Vers le métro Argentine,
J'ai mis sur mon front
Mon plus beau melon,
J'viens r'goûter à vot'cuisine,

Si on croit que c'est
Pour cause d'insuccès,
Qu'aujourd'hui j'rentre au bercail,
On n'aura pas tort:
J'viens refaire le mort
A vos foires à la ferraille,
On aura raison:
J'viens r'faire le mouton
De Panurge... à la maison!

El Viaje

Allez! Enganchemos
Mi hermoso corcel
Y partamos hacia Argentina,
Dejemos a esos avispas,
Con sombreros de copa,
Zumbando en su cocina!

Si se cree que es,
Por causa de muerte,
Que hoy me largo,
No estarán equivocados:
Voy a hacerme el muerto
Más allá de Portugal...

Quiero intentar
Olvidar un poco
Todo este ruido infernal,
Los bancos y el oro
Y las cajas fuertes
Y la bandera nacional!

Pero resulta que me atrapan,
En el fondo de una trampa,
Entre Hamburgo y Honfleur,
Quieren mis papeles,
Me ordenan confesar
Mis desvíos de menores,

Mis veintidós nodrizas,
Mis puestos de policía
Y todas las pruebas por cuatro
De que no soy Juan Bautista,
Además insisten
En azotarme y golpearme!

Y para que me perdonen,
Debo decir 'Gracias'
Y otra vez 'Perdón, mi valiente',
Debo hacerme pequeñito,
Sonriente, sumiso,
Debo hacerme esclavo!

Luego, me voy de nuevo,
En puntillas
Siempre hay que salir a escondidas,
En el viento, la lluvia,
Desilusionado y herido,
Aquí estoy en Veracruz...

Busco refugio,
Busco una amiga,
Unos acordes de guitarra,
Todo está ocupado,
Comprado, manchado:
¡Una mestiza por un dólar!

Aquí estoy galopando,
De Asia a Oriente,
Y de las Indias a América,
Ya no tengo dientes,
He perdido mi sangre,
He perdido mi sentido crítico...

¡Vamos! Volvamos,
Mi hermoso corcel,
Hacia el metro de Argentina,
He puesto en mi frente
Mi mejor sombrero de copa,
Vengo a probar su cocina,

Si se cree que es
Por causa de fracaso,
Que hoy regreso a casa,
No estarán equivocados:
Vengo a hacerme el muerto
En sus ferias de chatarra,
Tendrán razón:
Vengo a ser de nuevo
La oveja de Panurgo... ¡en casa!

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