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Diario

Les Têtes Raides

Journal

quelle envie de chanter que la terre n'est plus ronde
quand elle ne sera plus qu'un immense charnier
elle mange les corps comme on se plie à dieu
quand dehors ça s'routine
j'ai le ventre gros de vous
arrêtez de mourir ou faites tout brûler
laissez s'envoler
moi je ne peux plus de vous
quand je vois la Maryse la Fernande la Louise
qui n'arrêtent pas
ça me tire le coeur et ça gonfle mon corps
ça n'arrête pas ça me déchire la peau
et les coups de couteaux à grand coups dc pioche
les yeux grands ouverts ah les belles oeillères
mais ça n'arrête pas
y-a eu les Prévert les Rimbaud les Baudelaire
y-a la misère les impôts et la guerre
y-a eu la 1umière la peinture et la bière
y-a des prières des tortures des cimetières
y-a eu l'écriture mon tonton et la musique
y-a la dictature les moutons et le fric
y-a eu des femmes des chansons et les droits
y-a des profanes des prisons et moi
y-a eu des putains des bateaux et des crimes
y-a qu'des souverains des pourçeaux et des hymnes
mais ça n'arrête pas
ça me tire le coeur c'est presque trop
quand je vois la Maryse la Fernande la Louise
qui n'arrêtent pas
ça me tire le coeur et ça gonfle mon corps
mais ça n'arrête pas

Diario

qué ganas de cantar que la tierra ya no es redonda
cuando sea solo una inmensa fosa común
devora los cuerpos como si nos sometiéramos a Dios
cuando afuera todo se vuelve rutina
tengo el vientre lleno de ustedes
paren de morir o hagan que todo arda
dejen que se vaya
yo ya no puedo con ustedes
cuando veo a Maryse, Fernande, Louise
que no paran
me destroza el corazón y me hincha el cuerpo
no para, me desgarra la piel
y los golpes de pico asestan ciegamente
los ojos bien abiertos, ah, qué hermosas anteojeras
pero no para
hubo los Prévert, los Rimbaud, los Baudelaire
hubo miseria, impuestos y guerra
hubo la luz, la pintura y la cerveza
hay rezos, torturas, cementerios
hubo la escritura, mi tío y la música
hay dictadura, ovejas y dinero
hubo mujeres, canciones y derechos
hay profanos, prisiones y yo
hubo prostitutas, barcos y crímenes
solo hay soberanos, cerdos y himnos
pero no para
me destroza el corazón, es casi demasiado
cuando veo a Maryse, Fernande, Louise
que no paran
me destroza el corazón y me hincha el cuerpo
pero no para

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