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Cabaret Sainte-Lilith

Hubert-Félix Thiéfaine

Cabaret Sainte-Lilith

Y a toujours un cinglé au bout de son trimard
Qui se crame les yeux sur un ours en chaleur
Du côté de ces nuits où s'enfuit le hasard
Avec les doigts collés de foutre et de sueur

Y a toujours en taxi qui se perd dans la brume
Avec une reine morte en pâture aux fantômes
Et de vieux corbeaux rances en marge du bitume
Qui s'en viennent crever au détour de ta zone

Lilith, oh, Lilith

Y a toujours un pingouin qui souffle ses poumons
A travers un saxo branché sur du mélo
Et des gosses exilés qui maquillent leurs noms
Sur les fiches-transit d'hôtels hallucinos

Y a toujours un pigeon qui s'envole en fumée
Dans les couloirs visqueux d'un vieux rêve-agonie
Et des cigares bandants sur les lèvres flippées
De dieux défigurés maquillés par tes nuits

Oh, Lilith, tu sais comment ça jouit
Lilith, les mecs roussis
Les dingues de la déglingue
Qui s'flinguent derrière ton zinc

Lilith, Lilith, tu sais comment comment ça jouit
Les mecs complètements stress
Qui t'réclament aux toilettes
Une p'tite canette, une p'tite fumette
Une reniflette, une seringuette
Une bonne branlette, et puis ciao dodo

Y a toujours une petite frangine qui se noie dans ses nerfs
Au fond d'une arrière-salle d'un vieux boxon crado
Et d'autres qui s'en vont respirer le grand air
Sur une plage à Hambourg, à Belfast ou Galsgow

Y a toujours un clébard de bar unijambiste
Qui largue ses sachetons dans le W.C. pour dames
Et des gonzes un peu raides au bras de vieilles groupies
Qui dégueulent en riant leur Canigou on ice

Oh, Lilith, tu sais comment ça jouit
Lilith, les mecs roussis

Tu marches nulle part à genoux sur mes rames
Avec des souvenirs à tringle du bourrin
Tu descends le quartier où les mômes jouent aux dames
Et me font voir la came dans le creux de leurs mains

Mais j'ai perdu l'adresse des autres solitudes
A contempler la noille dans les yeux des passants
Souvent t'en as croisé au bord de l'hébétude
Qui ne pouvaient dormir sans leur dose de sang

Lilith, tu sais comment ça jouit
Lilith, les mecs finis

Les dingues de la déglingue
Qui s'flinguent derrière ton zinc

Lilith, Lilith, tu sais comment, comment ça jouit
Les mecs complètement stress
Qui t'réclament aux toilettes
Une p'tite canette, une p'tite fumette
Une reniflette, une seringuette
Une bonne branlette, et pis ça joue ça jouit

Cabaret Sainte-Lilith

Y siempre hay un loco al final de su camino
Que se quema los ojos con un oso en calor
En esas noches donde se escapa el azar
Con los dedos pegajosos de semen y sudor

Y siempre hay un taxi que se pierde en la bruma
Con una reina muerta como carnada para fantasmas
Y viejos cuervos rancios al borde del asfalto
Que vienen a reventar en la esquina de tu zona

Lilith, oh, Lilith

Y siempre hay un pingüino que sopla sus pulmones
A través de un saxo conectado a melodías
Y chicos exiliados que maquillan sus nombres
En las fichas de tránsito de hoteles alucinantes

Y siempre hay un paloma que se va en humo
Por los pasillos viscosos de un viejo sueño-agonia
Y puros excitantes en labios temblorosos
De dioses desfigurados maquillados por tus noches

Oh, Lilith, sabes cómo se goza
Lilith, los tipos quemados
Los locos de la locura
Que se pegan un tiro detrás de tu barra

Lilith, Lilith, sabes cómo se goza
Los tipos completamente estresados
Que te piden en los baños
Una latita, un poco de hierba
Un toque, una jeringuilla
Una buena paja, y luego ciao, a dormir

Y siempre hay una hermanita que se ahoga en sus nervios
En el fondo de un cuarto trasero de un viejo antro mugroso
Y otros que se van a respirar aire puro
En una playa en Hamburgo, Belfast o Glasgow

Y siempre hay un perro de bar cojo
Que deja sus paquetitos en el baño de mujeres
Y tipos un poco tiesos al brazo de viejas groupies
Que vomitan riendo su Canigou on ice

Oh, Lilith, sabes cómo se goza
Lilith, los tipos quemados

Caminas a ninguna parte de rodillas sobre mis rieles
Con recuerdos a raudales del burro
Bajas por el barrio donde los chicos juegan a las damas
Y me muestran la droga en el hueco de sus manos

Pero he perdido la dirección de otras soledades
Contemplando la negrura en los ojos de los transeúntes
A menudo te has cruzado al borde de la aturdidez
Que no podían dormir sin su dosis de sangre

Lilith, sabes cómo se goza
Lilith, los tipos acabados

Los locos de la locura
Que se pegan un tiro detrás de tu barra

Lilith, Lilith, sabes cómo, cómo se goza
Los tipos completamente estresados
Que te piden en los baños
Una latita, un poco de hierba
Un toque, una jeringuilla
Una buena paja, y luego eso juega, eso goza

Escrita por: Hubert-Félix Thiéfaine