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Es la hora

Yves Jamait

C'est l'heure

C'est l'heure où les camions se gavent de poubelles
Où les bistrots bâillent encore et dorment les hôtels
Où je marche sans souvenir d'une nuit trop lointaine
C'est l'heure

C'est l'heure où les ruelles toilettées se croient belles
Où les bouches d'égoût n'ont plus mauvaise haleine
Bref c'est l'heure où la ville se nettoie les veines
C'est l'heure

C'est l'heure où les cartons se déplient sur l'asphalte
Sous un ciel éclairci tirant sur le cobalt
S'éveillent leurs résidents résidus d'société
C'est l'heure

C'est l'heure où l'amnésie a des relents de malt
Où ma pupille encore un peu trop dilatée
Refuse la lumière et sa vérité
C'est l'heure

On m'a volé la lune
Quand j'allais la toucher
Où est passée la brune
Qui semblait la porter
C'est l'heure

L'heure où sur les trottoirs quelques menus moineaux
Semblent prendre la pose en attendant Doisneau
Et au bruit de mes pas s'envolent à tire d'ailes
C'est l'heure

C'est l'heure des petits crèmes et des kiosques à journaux
L'heure où l'on voit sous les halles où les caisses s'amoncellent
Les couleurs primeurs éclore en ribambelle
C'est l'heure
C'est l'heure

C'est l'heure où les baisers ont le goût du café
Où des lèvres en croissants de sourire émiettées
Portent des mots d'amour sublimés d'habitude
C'est l'heure

C'est l'heure où tous les rêves vont être assassinés
Par l'aiguille acérée de l'exactitude
Où les corps vont se plonger dans la multitude
C'est l'heure

On m'a volé la lune
Quand j'allais la toucher
Où est passée la brune
Qui semblait la porter
C'est l'heure

C'est l'heure
C'est l'heure où je vais me coucher...

Es la hora

Es la hora en que los camiones se llenan de basura
Donde los bares aún bostezan y los hoteles duermen
Donde camino sin recuerdo de una noche demasiado lejana
Es la hora

Es la hora en que las calles limpias se creen hermosas
Donde las alcantarillas ya no tienen mal aliento
En fin, es la hora en que la ciudad se limpia las venas
Es la hora

Es la hora en que las cajas se despliegan sobre el asfalto
Bajo un cielo despejado tirando al cobalto
Despiertan sus residentes, residuos de la sociedad
Es la hora

Es la hora en que la amnesia tiene ecos a malta
Donde mi pupila aún un poco dilatada
Rechaza la luz y su verdad
Es la hora

Me robaron la luna
Cuando iba a tocarla
¿Dónde está la morena
Que parecía llevarla?
Es la hora

La hora en que en las aceras algunos pequeños gorriones
Parecen posar esperando a Doisneau
Y al sonido de mis pasos vuelan a toda prisa
Es la hora

Es la hora de los cafés y los quioscos de periódicos
La hora en que se ven bajo los techos donde se acumulan las cajas
Los colores de las frutas frescas florecer en abundancia
Es la hora
Es la hora

Es la hora en que los besos saben a café
Donde los labios en forma de sonrisa de croissant
Llevan palabras de amor sublimadas por la costumbre
Es la hora

Es la hora en que todos los sueños serán asesinados
Por la aguja afilada de la exactitud
Donde los cuerpos se sumergirán en la multitud
Es la hora

Me robaron la luna
Cuando iba a tocarla
¿Dónde está la morena
Que parecía llevarla?
Es la hora

Es la hora
Es la hora en que me voy a dormir...

Escrita por: Yves Jamait