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Mãe velha
Apparicio Silva Rillo
Vieille Maman
Mãe velha
Les cheveux étaient noirs.Cabelo era preto.
Que lisse était le visage !Que liso era o rosto!
Ton corps était une fleur.Teu corpo era flor.
Les cheveux étaient noirs.Cabelo era preto.
Mais aujourd'hui, Vieille Maman,mas hoje, Mãe Velha,
les cheveux tout blancs,cabelo branquinho,
gel et aoûtgeada e agosto
qui ne s'est pas levé.que não levantou.
Que lisse était le visage !Que liso era o rosto!
Maintenant, Vieille Maman,Agora, Mãe Velha,
le visage ridérosto enrugadinho
semble avec les fruitsparece co'as frutas
que le temps a séchés.que o tempo secou.
Ton corps était une fleur.Teu corpo era flor.
Mais aujourd'hui, Vieille Maman,Mas hoje, Mãe Velha,
qu'est-il resté de la fleur ?da flor, que ficou?
Juste une tige penchéeSó haste pendida
que la vie a laissée.que a vida deixou.
La couleur des cheveuxA cor do cabelo
est passée à la robe.passou pro vestido.
Le sillon des larmesO arado do pranto
sur le lisse du corpsno liso do corpo
qui a fondé et labouré !que fundou que arou!
La tige penchéeA haste pendida
courbée vers la terre,curavada pra terra,
et la terre réclamee a terra reclama
ce qui manque de la fleur.o que falta da flor.
- Papa est parti à la guerre !- Papai foi pra guerra!
disait le gamin.dizia o piá.
Vieille Maman était jeuneMãe Velha era moça
à l'époque où c'était.no tempo que foi.
Mais est venue la nouvelle :Mas veio a notícia:
- Ton homme est mort,- Teu homem morreu,
d'un foulard rougede lenço encarnado
et d'une lance à la main.e de lança na mão.
Et les hommes passaientE os homens passavam
sur des chevaux maigres,nos magros cavalos,
avec des barbes de broussailles,com barbas de mato,
avec des haillons déchirés,com palas rasgados,
avec de la peine pour la jeune,com pena da moça,
avec la colère de la guerre,com raiva da guerra,
qui tue un gauchoque mata um gaúcho
pour faire un héros.pra erguer um herói.
Vieille Maman - était jeune -Mãe Velha - era moça -
pleura beaucoup de larmeschorou muito choro
sur son tablier !no seu avental!
Ouvrit l'oratoireAbriu o oratório
dans la salle du ranch,da sala do rancho,
pria le Notre Pèrerezou padre-nosso
pour l'âme de l'hommepor alma do homem
que la guerre avait emportéque a guerra levara
avec un foulard rougede lenço encarnado
et une lance à la main.e de lança na mão.
Et la Vierge Marie,E a Virgem Maria,
son Fils dans les bras,seu Filho nos braços,
regardait la jeune mèreolhava mãe moça
Vieille Maman devenir.Mãe Velha ficar.
Et la vie espionnaitE a vida espiava
Vieille Maman vivre :Mãe Velha viver:
- au petit matin sous le manguier,- madrugada na mangueira,
du lait blanc dans la tasse,leite branco na caneca,
la bouilloire siffle sur le feu,chaleira chia na chapa,
la coutume fait du maté.costume faz chimarrão.
Un plat, de la farine blanche,Gamela, farinha branca,
le four allumé, pétrit le pain,forno aceso, sova pão,
de la viande maigre dans la casserole,charque magro na panela,
de la canjica, pilon,canjica, soca pilão,
du basilic à la fenêtre,manjericão na janela,
balayage sur le sol...vassoura roda no chão...
Et la vie exigeaitE a vida cobrava
sou par sou.tostão por tostão.
Vieille Maman, plus vieille,Mãe Velha, mais velha,
payait pour le tempspagava pro tempo
l'usure du jour.a usura do dia.
Un soleil qui disparaissaitUm sol que sumia
était un doublon de plus.era mais um dobrão.
Le gamin est devenu homme.Piá se fez homem.
Vieille Maman avait peur de la révolution.Mãe Velha com medo da revolução
Un jour, enfin,Um dia, por fim,
le gamin est partipiá foi s'embora
suivant un clairon.seguindo um clarim.
Tout comme son père :Mesminho que o pai:
d'un foulard rougede lenço encarnado
et d'une lance à la main.e de lança na mão.
La fille a grandi.Guria cresceu.
Il restait dans la robeSobrou no vestido
de la toile fleurieda chita floreada
que sa mère lui avait cousue.que a mãe lhe cozeu.
Puis... elle s'est perdue.Depois... se perdeu.
Vieille Maman pleurantMãe Velha chorando
ce que la vie lui a fait,o que a vida lhe fez,
dans le vieux oratoireno velho oratório
elle prie déjà pour trois.já reza por três.
La nuit a des parolesA noite tem fala
dans la bouche de la nuit,na boca da noite,
la vie est muette,a vida é mudinha,
n'a même pas de bouche.nem boca não tem.
C'est pourquoi la viePor isso que a vida
personne ne la comprend,ninguém não entende,
Vieille Maman, personne.Mãe Velha, ninguém.
La vie, Vieille Maman,A vida, Mãe Velha,
qui est mère et femme.que é mãe e mulher.



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