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El Payador Perseguido

Atahualpa Yupanqui

LetraSignificado

Le Payo Poursuivi

El Payador Perseguido

Avec votre permission, je vais entrerCon permiso via a dentrar
Bien que je ne sois pas invitéAunque no soy convidao
Mais dans ma ville, un barbecuePero en mi pago, un asao
N’appartient à personne et à tout le mondeNo es de naides y es de todos
Je vais chanter à ma manièreYo via cantar a mi modo
Après qu'il y ait eu un bon rôtiDespués que haiga churrasquiao

Je n'ai pas de Dieu à prierNo tengo Dios pa pedir
Pour un petit coup en cette occasionCuartiada en esta ocasión
Ni je ne peux demander pardonNi puedo pedir perdón
Si je n'ai pas encore failliSi entuavía no hei faltao
Je verrai quand ce sera finiVeré cuando haiga acabao
Mais c'est une autre questionPero ésa es otra cuestión

Je sais que beaucoup dirontYo sé que muchos dirán
Que je pèche par audaceQue peco de atrevimiento
Si je partage ma penséeSi largo mi pensamiento
Pour le chemin que j'ai choisiPa'l rumbo que ya elegí
Mais j’ai toujours été ainsiPero siempre hei sido ansí
Un cavalier contre le ventGalopiador contra el viento

C'est quelque chose que je porte dans le sangEso lo llevo en la sangre
Depuis mon arrière-arrière-grand-pèreDende mi tatarabuelo
Des gens les pieds sur terreGente de pata en el suelo
Ont été mes ancêtresFueron mis antepasaos
Des créoles de quatre provincesCriollos de cuatro provincias
Et mélangés avec des indiensY con indios misturaos

Mon grand-père était un transporteurMi agüelo fue carretero
Mon père était un dresseurMi tata fue domador
Il n'a jamais cherché un docteurNunca se buscó un doctor
Car ils soignaient avec des herbesPues curaban con yuyos
Ou en écoutant les murmuresO escuchando los murmuyos
D'un style de ma fleurDe un estilo de mi flor

Comme un bon rancho de paysanComo buen rancho paisano
Il ne manquait jamais une cordeNunca faltó una encordada
De celles qui font du bruitDe ésas que parecen nada
Mais qui sont délicates à l'oreillePero que son sonadoras
Selon le chant et l’heureSegún el canto y la hora
L’âme s’en trouvait émousséeQuedaba el alma sobada

Mon père était un sageMi tata era sabedor
Pour tout ce qu'il a parcouruPor lo mucho que ha rodao
Et après avoir chantéY después que había cantao
Il hissait un ton et une quarteDestemplaba cuarta y prima
Et mettait un poncho dessusY le echaba un poncho encima
Pour ne pas parler tropPa que no hable demasiado

Le sang a ses raisonsLa sangre tiene razones
Qui font gonfler les veinesQue hacen engordar las venas
Peine sur peine et peinesPena sobre pena y penas
Font que l'on se mette à crierHacen que uno pegue el grito
Le sable n'est qu'une poignéeLa arena es un puñadito
Mais il y a des montagnes de sablePero hay montañas de arena

Je ne sais pas si mon chant est beauNo sé si mi canto es lindo
Ou s'il est un peu tristeO si será medio triste
Je n'ai jamais été un rossignol, ni n'existeNunca fui zorzal, ni existe
Plumage plus ordinairePlumaje más ordinario
Je suis un oiseau corsaireYo soy pájaro corsario
Qui ne connaît pas le milletQue no conoce el alpiste

Je vole car je ne traîne pasVuelo porque no me arrastro
Car traîner, c'est la ruineQue el arrastrarse es la ruina
Je niche dans un arbre épineuxAnido en árbol de espinas
Tout comme dans la cordillèreLo mesmo que en cordillera
Sans écouter les sottisesSin escuchar las zonceras
De celui qui vole comme une pouleDel que vuela a lo gallina

Je ne m'approche pas comme çaNo me arrimo así nomás
Des jardins fleurisA los jardines floridos
Sans vouloir vivre avertiSin querer vivo advertido
Pour ne pas marcher sur le bâtonPa' no pisar el palito
Il y a des oiseaux qui, seulsHay pájaros que solitos
Se prennent au piège par vanitéSe entrampan por presumidos

Bien que j'aie beaucoup souffertAunque mucho he padecido
La prudence ne m'enchaîne pasNo me engrilla la prudencia
C'est une fausse expérienceEs una falsa experiencia
Vivre tremblant devant toutVivir temblándole a todo
Chacun a sa manièreCada cual tiene su modo
La rébellion est ma scienceLa rebelión es mi cencia

Je suis né pauvre et je vis pauvrePobre nací y pobre vivo
C'est pourquoi je suis délicatPor eso soy delicao
Je suis avec ceux de mon côtéEstoy con los de mi lao
Travaillant tous ensembleCinchando tuitos parejos
Pour faire du neuf avec du vieuxPa' hacer nuevo lo que es viejo
Et voir le monde changéY verlo al mundo cambiao

Je suis de ceux du communYo soy de los del montón
Je ne suis pas une fleur de serreNo soy flor de invernadero
Je suis comme le trèfle du paysSoy como el trébol pampero
Je grandis sans faire de bruitCrezco si hacer barullo
Je me faufile parmi les herbesMe apreto contra los yuyos
Et ainsi je supporte le vent du paysY así lo aguanto al pampero

Habitant des montagnesAcostumbrao a las sierras
Je ne tombe jamais maladeYo nunca me sé marear
Et si je m’assieds pour louerY si me siento alabar
Je m'en vais doucementMe voy yendo despacito
Mais celui qui est trop familierPero aquel que es compadrito
Paie pour se faire connaîtrePaga pa' hacerse nombrar

Si quelqu'un m'appelle monsieurSi alguien me dice señor
J'apprécie l'hommageAgradezco el homenaje
Mais je suis un gaucho parmi les gauchosMás, soy gaucho entre el gauchaje
Et je ne suis rien parmi les sagesY soy nada entre los sabios
Et ce sont pour moi les affrontsY son pa' mí los agravios
Que l'on fait aux paysansQue le hacen al paisanaje

La vanité est une mauvaise herbeLa vanidá es yuyo malo
Qui empoisonne tout potagerQue envenena toda huerta
Il faut être vigilantEs preciso estar alerta
Tout en maniant la houeManejando el azadón
Mais il ne manque pas l'hommePero no falta el varón
Qui l’arrose même à sa porteQue la riegue hasta en su puerta

Le travail est une bonne choseEl trabajo es cosa buena
C'est le meilleur de la vieEs lo mejor de la vida
Mais la vie est perduePero la vida es perdida
À travailler dans le champ d'autruiTrabajando en campo ajeno
Certains travaillent comme la foudreUnos trabaja de trueno
Et c'est pour un autre que vient la pluieY es para otro la llovida

J'ai travaillé dans une carrièreTrabajé en una cantera
De petits cailloux à aiguiserDe piedritas de afilar
Quarante savaient payerCuarenta sabían pagar
Pour chaque pierre poliePor cada piedra pulida
Et elles se vendaient six pesosY era a seis pesos vendidas
Cela dans l’affaireEn eso del negociar

À peine le soleil se levaitApenas el Sol salía
J'étais là à frapperYa estaba a los martillazos
Et à deux, à nous approcherY entre dos a los abrazos
Avec de grands pieds de boeufCon los tamaños piegrones
Et à cause de ces moulesY por esos moldejones
Les mains en mietteLas manos hechas pedazos

Une autre fois, j'étais boulangerOtra vez fui panadero
Et bucheron dans une clairièreY hachero en un quebrachal
J'ai porté des blocs de selHe cargao bloques de sal
Et j'ai aussi épluché des cannesY también he pelao cañas
Et une poignée d'autres exploitsY un puñado de otras hazañas
Pour mon bien ou mon malPa' mi bien o pa' mi mal

Cherchant à m'instruireBuscando de desasnarme
J'étais commis d'écritureFui pinche d escribanía
Je faisais la petite écritureLa letra chiquita hacía
Pour ne pas gaspiller le cachetPa' no malgastar sellao
Et c'était aussi serréY era también apretao
Le salaire qu'on me donnaitEl sueldo que recibía

Fatigué de tant de misèresCansao de tantas miserias
Je suis parti pour le TucumánMe largué pa'l Tucumán
Lapacho, aulne, arrayánLapacho, aliso, arrayán
Et hache avec les algarrobosY hacha con los algarrobos
Un dollar cinquante ! C’était du vol¡Uno cincuenta! Era robo
Pour que l’on ait cette passionPa' que uno tenga ese afán

Sans rester fixe d'un côtéSin estar fijo en un lao
Je m’engageais dans tout travailA toda labor le hacía
Et ainsi il arriva qu'un jourY ansí sucedió que un día
Alors que je flânaisQue andaba de benteveo
Je suis tombé sur un troupeauMe topé con un arreo
Qui venait de SaltaQue dende Salta venía

J'ai eu envie de partirMe picó ganas de andar
Et j’ai discuté avec le contremaîtreY apalabré al capataz
Et ainsi, tout d’un coupY ansí, de golpe nomás
L'homme m'a demandéEl hombre me preguntó
Avez-vous une mule ? Bien sûr¿Tiene mula? Cómo no
J'ai répondu et encore de la faimLe dije y hambre, de más

Une semaine après çaA la semana de aquello
Je redescendais des montagnesRepechaba cordilleras
Coteaux, pentes et collinesFaldas, cuestas y laderas
Toujours vers l’ouestSiempre pa'l lao del poniente
Buvant de l'eau de sourceBebiendo agua de vertiente
Et supportant les duretésY aguantando las soleras

Peut-être d'autres ont rouléTal vez otro habrá rodao
Autant que j’ai rouléTanto como he rodao yo
Et je vous jure, croyez-leY le juro, creameló
Que j'ai vu tant de pauvretéQue he visto tanta pobreza
Que j'ai pensé avec tristesseQue yo pensé con tristeza
Dieu n'est pas passé par iciDios por aquí no pasó

Une vache s'est tuéeSe nos despeñó una vaca
À cause de la montagneCausa de la cerrazón
Et la prière nous a surprisY nos pilló la oración
En train de dépecer et de faire un barbecueCuereando y haciendo asao
Depuis ce jour, cousinDende ese día, cuñao
Mon facón s'est uséSe me gastó mi facón

Je me suis secoué le givreMe sacudí las escarchas
Quand je suis descendu des AndesCuando bajé de los Andes
Et j'ai erré dans de grandes estanciasY anduve en estancias grandes
Gardant quelques pairesCuidando unos parejeros
Trompette, couvercle et chapeauTrompeta, tapa y sombrero
Mais pour les ouvriers, d'oùPero pa' los peones, de ande

Le travailleur, au grand airLa peonada, al descampao
Le patron, à Buenos AiresEl patrón, en Güenos Aires
Nous, le cul à l'airNosotros, el cu ello al aire
Avec les visages mouillésCon las caronas mojadas
Et le bétail de nouvel anY la hacienda de invrnada
Plus éclatant qu'un moineMás relumbrona que un fraile

L'estanciero avaitEl estanciero tenía
Aussi ses cannes à sucreTambién sus cañaverales
Et en automneY en los tiempos otoñales
Nous ramassions les haillonsJuntábamos los andrajos
Et nous descendionsY nos íbamos p'abajo
En laissant les caillouxDejando los pedregales

Là-bas, ils nous entassaientAllí nos amontonaban
En lot avec d'autres créolesEn lote con otros criollos
Chacun cherchait un trouCada cual buscaba un hoyo
Où se blottirAnde quinchar su guarida
Et nous passions la vieY pasábamos la vida
Travaillés et sans soutienRigoriaos y sin apoyo

Il ne manquait rienFaltar, no faltaba nada
Vin, café et espadrillesVino, café y alpargatas
Si j'ai pu faire des piedsSi habré revoliao las patas
Dans des mouvements et des dansesEn gatos y chacareras
Ce n'était que quand c'était durRecién la cosa era fiera
À la fin de la collecte des sousAl dir a cobrar las latas

Quelle vie des plus inégalitaires!¡Que vida más despareja!
Tout est avilissement et tromperieTodo es ruindad y patraña
Éplucher de la canne est un exploitPelar caña es una hazaña
Pour celui qui est né pour le labeurDel que nació pa'l rigor
Là-bas, il n'y avait qu'une seule douceurAllá había un solo dulzor
Et elle était dans la canneY estaba adentro e' la caña

C'était un réconfort pour les pauvresEra un consuelo pa'l pobre
De s'en aller en titubant sur le vinAndar jediendo a vinacho
De grands hommes et de jeunesHombres grandes y muchachos
Comme des maudits en vieComo malditos en vida
Esclaves de la boissonEsclavos de la bebida
Ils passaient leur temps ivresSe la pasaban borrachos

Tristes dimanches de la charrue¡Tristes domingos del surco
Que j'ai vus et vécus!Los que yo he visto y vivido!
Dispersés et endormisDesparramaos y dormidos
Ils se réveillaient dans le sableEn la arena amanecían
Et ils devaient rêverY lo mejor soñarían
De la mort ou de l'oubliCon la muerte o el olvido

Riojanos et santiagueñosRiojanos y santiagueños
Salteños et tucumanosSalteños y tucumanos
Avec le machette à la mainCon el machete en la mano
Coupaient des cannes mûresVolteaban cañas maduras
Enlisant leurs amertumesPasando las amarguras
Et supportant comme des frèresY aguantando como hermanos

Rancho couvert de tôles¡Rancho techao con maloja
Demeure du pelador!Vivienda del pelador!
Au milieu de ce dur labeurEn medio de ese rigor
Il n'y avait pas une vihuelaNo faltaba una vihuela
Avec laquelle le pauvre se consoleCon que el pobre se consuela
En chantant des couplets d'amourCantando coplas del amor

Moi aussi, qu'étant enfantYo también, que desde chango
Attaché à la chanson j'ai grandiUnido al canto crecí
J'ai demandé plus d'une faveurMás de un barato pedí
Et je chantais pour les pauvresY pa' los piones cantaba
Ce qui leur arrivait¡Lo que a ellos les pasaba
Me arrivait aussi à moi!También me pasaba a mí!

Quand j'ai appris à chanterCuando yo aprendí a cantar
Je formais avec peu de rouleauxArmaba con pocos rollos
Et au bord d'un ruisseauY en la orilla de un arroyo
Sous les branches d'un sauleBajo las ramas de un sauce
J'ai grandi en regardant dans le courantCrecí mirando en el cauce
Mes rêves de pauvre créoleMis sueños de pobre criollo

Quand j'ai ressenti une joieCuando sentí una alegría
Quand une douleur m'a frappéCuando un dolor me golpió
Quand un doute a morduCuando una duda mordió
Mon cœur de paysanMi corazón de paisano
Du fond des plainesDesde el fondo de los llanos
Est venu un chant qui m'a guériVino un canto y me curó

À cette époque, il se passaitEn esos tiempos pasaban
Des choses qui ne se passent plusCosas que no pasan ya
Chacun avait un chantCada cual tenía un cantqar
Ou une chanson de la nuit passéeO copla de anochecida
Façons de guérir la blessureFormas curar la herida
Qui saigne dans le travailQue sangra en el trajinar

Certains chantaient bienAlgunos cantaban bien
D'autres, pauvres, à peu prèsOtros, pobres, más o menos
Mais ce n’étaient pas des chants étrangersMás no eran cantos ajenos
Bien qu'ils n'avaient pas de marqueAunque marca no tenían
Et tous s’amusaientY todos se entretenían
À jouer de la guitare jusqu’à l'auroreGuitarreando hasta el desvelo

Par là, arrivait un maîtrePor áhi se allegaba un máistro
De ces lettrés de villageDe esos puebleros letraos
Il rassemblait des troupes de versificateursJuntaba tropa e versiaos
Qui allaient ensuite vers un gros livreQue iban después a un libraco
Et l'homme recouvrait le sacY el hombre forraba el saco
Avec ce que les autres avaient penséCon lo que otros han pensao

Les ouvriers formaient des versLos piones formaban versos
Avec leurs anciennes douleursCon sus antiguos dolores
Puis viennent les seigneursDespués viene los señores
Avec un carnet à la mainCon un cuaderno en la mano
Copient le chant paysanCopian el canto paisano
Et se vantent d'être écrivainsY presumen de escritores

Le créole prend soin de son fardeauEl criollo cuida su flete
Sa guitare et sa femmeSu guitarra y su mujer
Il sent qu'il fait face à un devoirSiente que enfrenta un deber
Chaque fois qu'il tend la mainCada vez que da la mano
Et bien que pour tout il soit aguerriY aunque pa' todo es baquiano
Le chant, lui, doit perdreSolo el canto ha de perder

Les couplets qui l’ont accompagné¡Coplas que lo acompañaron
Dans les déserts brisésEn los quebradas desiertas
Les arômes de fleurs mortesAromas de flores muertas
Et des exploits vécusY de patriadas vividas
Ont été la lumière illuminéeFueron la luz encendida
Pour ses nuits éveillées!Para sus noches despiertas!

Il s'attriste s'il perdSe aflije si se le pierde
Un licol, un dompteurUn bozal, un maneador
Mais il ne ressent pas de fureurPero no siente furor
À l'écoute d'une chansonSi al escucharle una trova
Un paysan vient et lui voleViene un pueblero y le roba
Son meilleur chant d'amourSu mejor canto de amor

C'est sûr, si l'on penseDe seguro, si uno piensa
On voit le nœud du filLe halla el nudo a la madeja
Car la chanson la plus anciennePorque la copla más vieja
Comme la racine de la vieCómo la ráiz de la vida
A son âme pour abriTiene el alma por guarida
Qui est où se nichent les plaintesQue es ande anidan las quejas

C'est pourquoi l'homme en chantantPor eso el hombre al cantar
Avec une émotion vraieCon emoción verdadera
Jette sa peine dehorsEcha su pena p'ajuera
Pour que le vent l'emportePa que la lleven los vientos
Et ainsi, au moins un momentY ansí, siquiera un momento
Se soulage de sa douleurSe alivia su embichadera

Ce n’est pas que je n’aime pas ma chansonNo es que no ame su trova
Ni que je méprise mon chantNi que desprecee su canto
C'est comme quand une perteEs ciomo cuando un quebranto
Dans la nuit des plainesEn la noche de los llanos
Fait relâcher le paysanHace aflojar al paisano
Et le vent emporte ses larmesY el viento le lleva el llanto

Concernant les chantsEn asuntos del cantar
La vie nous enseigneraLa vida nos va enseñando
Que seule s’envoleQue solo se va volando
La chanson qui est légèreLa copla que es livianita
Elle attrape toujours des colombesSiempre caza palomitas
Quiconque est à la chasseCualquiera que anda cazando

Mais si le chant est une protestationPero si el canto es protesta
Contre la loi du patronContra la ley del patrón
Il s’étale de paysan à paysanSe arrastra de peón a peón
Dans un murmure profondEn un profundo murmuyo
Et marche au ras des herbesY marcha al ras de los yuyos
Comme un chasque dans une batailleComo chasque en un malón

On peut perdre mille chansonsSe pueden perder mil trovas
Là où l’on chante des amoursAnde se canten quereres
Des vers de bonheur, de plaisirVersos de dichas, placeres
Des courses et des distractionsCarreras y diversiones
Des soupirs de cœursSuspiros de corazones
Et des douleurs lyriquesY líricos padeceres

Mais si la chanson raconte¡Pero si la copla cuenta
L'histoire des paysansDel paisanaje la historia
Où le paysan tourne la noriaAnde el peón vueltea la noria
Des misères subiesDe las miserias sufridas
Elle, restera accrochéeÉsa, se queda prendida
Comme un burr au souvenir!Como abrojo en la memoria!

Ce qui nous a rendu heureuxLo que nos hizo dichoso
Peut-être s’oublieraTal vez se pueda olvidar
Les années qui passentLos años en su pasar
Changeront les penséesMudarán los pensamientos
Mais angoisses et tourmentsPero angustias y tormentos
Sont des marques qui doivent durerSon marcas que han de durar

Ces choses que je penseEstas cosas que yo pienso
Ne viennent pas par hasardNo salen por ocurrencia
Pour former mon expériencePara formar mi esperencia
Je mâche avant d'avalerYo masco antes de tragar
A été long le parcoursHa sido largo el rodar
D'où j'ai tiré cette mise en gardeDe ande saqué la advertencia

Si l'on frappe la guitareSi uno pulsa la guitarra
Pour chanter des choses d'amourPa cantar cosas de amor
De poulains, de dresseursDe potros, de domador
De la montagne et des étoilesDe la sierra y las estrellas
Ils disent : Quelle belle chose !Dicen: ¡Qué cosa más bella!
Si il chante, quel bonheur !¡Si canta que es un primor!

Mais si l'on, comme FierroPero si uno, como Fierro
Par là s'exprime en donnant son avisPor áhi se larga opinando
Le pauvre s'approcheEl pobre se va acercando
Aux aguetsCon las orejas alertas
Et le riche se faufile vers la porteY el rico vicha la puerta
Et s'éloigne en reculantY se aleja reculando

Il faut bien tracer son sillonDebe trazar bien su melga
Celui qui se prend pour chanteurQuien se tenga por cantor
Car seul l'imposteurPorque solo el impostor
S'adapte à toutes les empreintesSe acomoda en toda huella
Qui choisira une seule étoileQue elija una sola estrella
Celui qui veut être semeurQuien quiera ser sembrador

Au moment de choisirEn el trance de elegir
Que l'homme regarde à l'intérieurQue mire el hombrep'adentro
Où se font les rencontresAnde se hacen los encuentros
De pensées et de sentimentsDe pensares y sentires
Après qu'il tire où qu'il tireDespués que tire ande tire
Avec la conscience comme centreCon la concencia por centro

Il y a différents tasHay diferentes montones
Des grands et des petitsUnos grandes y otros chicos
S'il va vers le tas du richeSi va pa'l montón del rico
Le pauvre qui pense peuEl pobre que piensa poco
Derrière les malentendusDetrás de los equívocos
Viennent les parjuresSe vienen los perjuricos

Je viens de très basYo vengo de muy abajo
Et je ne suis pas très hautY muy arriba no estoy
Au pauvre je donne mon chantAl pobre mi canto doy
Et ainsi je passe contentY así lo paso contento
Parce que je suis dans mon élémentPorque estoy en mi elemento
Et là je vaux pour ce que je suisY áhi valgo por lo que soy

Si j'ai déjà chanté une foisSi alguna vuelta he cantao
Devant des patrons bedonnantsAnte panzudos patrones
J'ai picoté les raisonsHe picaneao las razones
Profondes de la pauvretéProfundas del pobrerío
Je ne trahis pas les miensYo no traiciono a los míos
Pour des applaudissements ni des sousPor palmas ni patacones

Bien que je chante dans toutes les directionsAunque canto en todo rumbo
J'ai une direction préféréeTengo un rumbo preferido
J'ai toujours chanté émuSiempre canté estremecido
Les peines du paysanLas penas del paisanaje
L'exploitation et le méprisLa explotación y el ultraje
De mes chers frèresDe mis hermanos queridos

Pour que les choses changentPa que cambiaran las cosas
J'ai cherché un chemin et je me suis perduBusqué rumbo y me perdí
Avec le temps, je m'en suis rendu compteAl tiempo, cuenta me di
Et j'ai pris le bon cheminY agarré por buen camino
Avant tout, argentin¡Antes que nada, argentino
Et j'ai suivi mon drapeau!Y a mi bandera seguí!

Je suis du nord et du sudYo soy del norte y del sur
Des plaines et du littoralDel llano y del litoral
Et que personne ne le prenne malY nadie lo tome a mal
S'il y a mille grammes dans le kiloSi hay mil gramos en el kilo
Où que je sois, je suis tranquilleAnde quiera estoy tranquilo
Mais en selle, je reste un sauvagePero ensillao, soy bagual

Le chanteur doit être libreEl cantor debe ser libre
Pour développer sa sciencePa desarrollar su cencia
Sans chercher la convenanceSin buscar la conveniencia
Ni se ranger avec des parrainsNi alistarse con padrinos
De ces sombres cheminsDe esos oscuros caminos
J'ai déjà l'expérienceYo ya tengo la experiencia

Je chante, pour être anciensYo canto, por ser antiguos
Des chants qui sont déjà éternelsCantos que ya son eternos
Et ils semblent même modernesY hasta parecen modernos
Pour ce que nous voyons en euxPor lo que en ellos vichamos
Avec le chant, nous nous couvrezCon el canto nos tapamos
Pour réchauffer les hiversPara entibiar los inviernos

Je ne chante pas aux tyransYo no canto a los tiranos
Ni pour dire du patronNi por den del patrón
Le filou et le bon à rienEl pillo y el trapalón
Qu'ils se débrouillent de leur côtéQue se arreglen por su lado
Avec des payadores achetésCon payadores comprados
Et des chanteurs de salonY cantores de salón

Par la force de mon chantPor la fuerza de mi canto
Je connais la cellule et la prisonConozco celda y penal
Avec une férocité inégaleCon fiereza sin igual
Plus d'une fois j'ai été frappéMás de una vez fui golpiáo
Et jeté au cachotY al calabozo tirao
Comme une boîte dans les orduresComo tarro al basural

On peut tuer un hommeSe puede matar a un hombre
On peut brûler sa cabanePueden su rancho quemar
On peut détruire sa guitareSu guitarra destrozar
Mais l'idéal de la vie¡Pero el ideal de la vida
C’est du bois qui brûleEsa es leñita prendida
Que personne éteindra!Que naides ha de apagar!

Les méchants se lèventLos malos se van alzando
Tout ce qu'ils trouvent par iciTodo lo que hallan por áhi
Comme des grains de maïsComo granitos de máiz
Plantent les pires exemplesSiembran los peores ejemplos
Et le templeY se viene abajo el templo
De la décence du pays s'effondreDe la decencia del país

Derrière le bruit de l'orDetrás del ruido del oro
Viennent les filous comme du bétailVan los maulas como hacienda
Il n'y a pas de paresseux qui ne se vendeNo hay flojo que no se venda
Pour une souillure de monnaiePor una sucia moneda
Mais il reste toujours en ma patrieMás siempre en mi Patria queda
Des gauchos pour la défendreGauchaje que la defienda

Le chanteur qui chante aux pauvresCantor que cante a los pobres
Ne se taira jamaisNi muerto se ha de callar
Car où qu'il aillePues ande vaya a para
Le chant de ce chrétienEl canto de ese cristiano
Ne manquera pas le paysanNo ha de faltar el paisano
Qui le fera revivreQue lo haga resucitar

Aujourd'hui qu'il y a un peu de soleilHoy que ha salido un poquito
Pour le travailleurDe Sol pa'l trabajador
Il ne manque pas d'un chanteurNo falta más de un cantor
Pour chanter librementQue lo cante libremente
Mais beaucoup de gens saventPero sabe mucha gente
Que d'abord, j'ai chanté moiQue primero canté yo

L'estanciero se vanteEl estanciero presume
De gauchisme et d'arroganceDe gauchismo y arrogancia
Il croit que c'est une extravaganceÉl cree que es extravagancia
Que son ouvrier vive mieuxQue su peón viva mejor
Mais il ne sait pas ce monsieurMás, no sabe ese señor
Que grâce à son ouvrier il a une estanciaQue por su peón tiene estancia

Celui qui a ses rondsAquel que tenga sus reales
Fait très bien de les garderHace muy bien en cuidarlos
Mais s'il veut les augmenterPero si quiere aumentarlos
Que la loi ne fasse pas l'oreille sourdeQue la ley no se haga el sordo
Dans toute marmite gorgéeEn todo puchero gordo
Les choux deviennent maïsLos choclos se vuelve marlos

Une fois, sans travailUna vuelta, sin trabajo
Je me promenais dans le TucumánAndaba por Tucumán
Et dans une auberge, où vontY en una fonda, ande van
Les chanteurs au petit matinCantores de madrugada
Je me suis approché de la payadaMe acerqué pa la payada
Qui a toujours été ma passionQue siempre ha sido mi afán

Bien qu’en ayant la montureAunque extrañando la monta
Je me suis penché sur un instrumentMe le apilé a un instrumento
Et après un momentY al cabo de algún momento
J’ai joué une bagualaLe di puerta a una baguala
Avec une petite coupletteCon una coplita rala
De celles que portent les ventsDe esas que llevan los vientos

Il était peut-être le plus beauFuera tal vez la guitarra
Comme il sonnait!¡Tan lindo como sonaba!
Mon cœur relevaitMi corazón remontaba
Les tristesses des cheminsTristezas de los caminos
Et j'ai maudit le destinY lo maldije al destino
Qui me donnait tant de peinesQue tantas penas me daba

Un homme s'est approché de moiUn hombre se me acercó
Et m'a dit : Que fais-tu ici?Y me dijo: ¿Qué hace acá?
Voyage dans la grande villeViaje pa la gran ciudad
Là-bas, ils vont te comprendreQue allá lo van a entender
Là, tu auras de la renommée, du plaisirAhí tendrá fama, placer
Et de l'argent à offrirY plata pa regalar

Pourquoi en ai-je écouté un?¡Para que lo habré escuchao!
Si c'était la voix du Mandinga!¡Si era la voz del Mandinga!
Buenos Aires, ville étrangèreBuenos Aires, ciudá gringa
M'a tenu très tenduMe tuvo muy apretao
Tous se mettaient sur le côtéTuitos se hacían a un lao
Comme un corps à la seringueComo cu erpo a la jeringa

Et ça, je ne suis pas venu pauvreY eso que no vine pobre
Puisque j'avais des espadrilles neuvesPues traiba alpargatas nuevas
Les vieilles pour quand il pleuvraLas viejas pa' cuando llueva
Je les ai mises dans l'alforjaEn la alforja las metí
Un pantalon grisUn pantalón color gris
Et un châcoco tirant vers le vertY un saco tirando a leva

Sautant de radio en radioSaltando de radio en radio
J'ai erré, imaginezAnduve, figuresé
Quatre mois je passaiCuatro meses me pasé
Dans des parties ratéesEn partidas malogradas
Personne n’assurait rienNadie aseguraba nada
Et sans argent je suis restéY sin plata me quedé

J'ai vendu mes alforjasVendí mis alforjas
Ma guitare, je l'ai vendue!Mi guitarra, ¡la vendí!
Dans ma pauvreté, oh moiEn mi pobreza, ay de mí
J'aurais aimé la garderMe hubiera gustao guardarla
Avec tant de difficultés à l'acheter!¡Tanto que me ha costao comprarla!
Mais au final, j'ai tout perduPero, en fin todo perdí

Vihuela, où es-tu¡Vihuela, dónde andarás
Quelles mains te touchentQué manos te están tocando
De longues nuits à penserNoches eternas pensando
Au moins comme consolationSiquiera como consuelo
Que ce soit un chant de cette terreQue sea un canto de este suelo
Ce qu'ils te tirent!Lo que te están arrancando!

Quand le maïs est en jachèreCuando el máiz está en barbecho
Il a une couleur éclatanteLuce un color brillantón
Les épis, comme un nylonLas hebras, como un nailón
Se pavanent avec leur beautéPresumen con sus lindezas
Mais baissent la têtePero agachan la cabeza
Si le charbon les attrapeSi las agarra el carbón

Il en était de même pour moiIgual me pasaba a mí
Dans ces temps passésEn aquellos tiempos idos
Jeune, fort, présomptueuxJoven, fuerte, presumido
Et quand le fromage s'est épuiséY cuando se acabó el queso
Je suis revenu encore une foisVolví en un triste regreso
Avec l'âme peuplée d'oublisPoblada l'alma de olvidos

Choses de la jeunesseCosas de la juventud
Malheur, où es-tu¡Malhaya, dónde andarás!
Maintenant que je suis un batarazAura que estoy bataraz
À tant de changements de cheveuxDe tanto cambiar el pelo
Je me souviens de ces veilléesRecuerdo aquellos desvelos
Mais je ne regarde pas en arrièrePero no miro p'atrás

Je suis retourné au TucumánMe volví pa'l Tucumán
À nouveau à souffrirNuevamente a padecer
Et dans les voyages et les vuesY en eso de andar y ver
Se sont écoulées de nombreuses annéesSe pasaron muchos años
Entre peines, désillusionsEntre penas, desengaños
Espérances et plaisirsEsperanzas y placer

Mais ce n'est pas du temps perduMás, no jue tiempo perdido
À en juger par ce que j'ai vu ensuiteAsegún lo vi después
Car j'ai bien compris comment c'estPorque supe bien como es
La vie des paysansLa vida de los paisanos
Je me suis senti frèreDe todos me sentí hermano
Des deux côtésDel derecho y del revés

Je me souviens toujours des tempsSiempre recuerdo los tiempos
Où j'étais ou je suis passéEn que iedras o pasé
Les montagnes que j'ai traverséesLos cerros que atravesé
En cherchant ce que je ne trouvais pasBuscando lo que no hallaba
Et jusqu'à parfois je restaisY hasta a veces me quedaba
Par ces champs à piedPor esos campos de a pie

La vie m'a apprisLa vida me fue enseñando
Ce que vaut une guitareLo que vale una guitarra
Pour elle, j'ai été dans des fêtesPor ella anduve en las farras
Peut-être en me faisant un désordreTal vez hecho un estropicio
Et j'ai presque attrapé le viceY casi me agarró el vicio
Avec ses griffes invisiblesCon sus invisibles garras

Heureusement que je porte en moiMenos mal que adentro llevo
Ce que la terre m'a donnéLo que la tierra me dio
Patrie, race ou je ne sais quoiPatria, raza o que sé yo
Mais qu'elle me sauvaitPero que me iba salvando
Et ainsi, je continuai à marcherY así, seguí caminando
Sur les chemins de DieuPor los caminos de Dios

Les choses se résumaient à penserLa cosas estaba en pensar
Que quand on frappe l'instrumentQue al pulsar el instrumento
Il faut donner avec sentimentHay que dar con sentimiento
Toute la force du paysanToda la fuerza campera
Mais personne ne lâche dehorsPero nadie larga afuera
S'il n'a rien à l'intérieurSi no tiene nada adentro

La guitare est une caisse videLa guitarra es palo hueco
Et pour jouer quelque chose de bonY pa tocar algo bueno
L'homme doit être pleinEl hombre debe estar lleno
De clartés intérieuresDe claridades internas
Pour semer des couplets éternels¡Pa sembrar coplas eternas
La vie est un bon terrain!La vida es un buen terreno!

Si le prier donne du réconfortSi el rezar brinda consuelos
À celui qui a besoin de réconfortAl que consuelo precisa
Tout comme un chrétien à la messeIgual que cristiano en misa
Ou un voleur au milieu de la montagneO matrero en medio 'el monte
Je prie sur les horizonsYo rezo en los horizontes
Quand l'après-midi s'achèveCuando la tarde agoniza

La pampa reste silencieuseQueda callada la pampa
Quand la lumière s'absenteCuando se ausenta la luz
Le chajá et l'autrucheEl chajá y el avestruz
Cherchent l'épaisseurVan buscando la espesura
Et dans la plaine s'élargitY se agranda en la llanura
La solitude de l'ombúLa soledad del ombú

Alors, tout comme un ponchoEntonces, igual que un poncho
La terre vous enveloppeA uno lo envuelve la tierra
Du plain jusqu'à la montagneDesde el llano hasta la sierra
L'ombre s'étendSe va una sombra extendiendo
Et l'âme comprendY el alma va comprendiendo
Les choses que le monde renfermeLas cosas que el mundo encierra

C'est là le moment justeAhí está el justo momento
De penser à son destinDe pensar en el destino
Si l'homme est un pèlerinSi el hombre es un peregrino
Ou s'il cherche l'amour et la tendresseO busca amor y querencia
Ou s'il accomplit la sentenceO si cumple la sentencia
De mourir sur les routesDe morir en los caminos

Dans le Nord, j'ai vu des chosesEn el Norte vide cosas
Que je n'oublierai jamaisQue ya nunca he de olvidar
J'ai vu des gauchos se battreYo vide gauchos peliar
Avec des facones aiguisésCon facones caroneros
Ou avec des machettes à canneO con machetes cañeros
Qui les voir faisait tremblerQue el verlos hacía temblar

Rarement le paysan tueRara vez mata el paisano
Parce qu'il n'a pas cet instinctPorque ese instinto no tiene
Le duel créole se règleEl duelo criollo se aviene
Sans reculer d'un poucePor no recular ni un tranco
Il fait savoir qu'il n'est pas incompétentHace saber que no es manco
Et en se battant, il se divertitY en el peliar se entretiene

Il n'y a pas de serrano sanguinaireNo hay serrano sanguinario
Ni de coya bavardeNi coya conversador
Le meilleur dresseurEl más capaz domador
Ne raconte jamais ses exploitsJamás cuenta sus hazañas
Et il n'est pas tenté par la canneY no les tienta la caña
Car le noir est meilleurPorque el morao es mejor

Chaque région s'affectionneCada pago se aficiona
À une façon de se battreA una forma de peliar
Et celui qui veut faire le fierY aquel que quiera guapear
Doit d'abord prêter attentionAntes tendrá que advertir
Que pour savoir sortirQue para saber salir
Il faut apprendre à entrerHay que aprender a dentrar

On se tape au poingSe agarran a puñetazos
Comme partout ailleursIgual que en cualesquier parte
Mais c'est une science à partPero es una cencia aprte
De manier les manières du coinUsar los modos del pago
Là, s'habitue fort à la boissonAhí se pone fiero el trago
Comme l'a dit Don NarvarteComo dijo don Narvarte

Cordouan, pour la morveCordobés, pa la pegrada
Riojan, pour le coup de poingRiojano, pa'l rebecaso
Chilien, pour la ruadeChileno, pa'l caballaso
Salteño, avec un poignardSalteño, con daga en mano
Et est un roi le TucumanoY es un rey el tucumano
Pour se battre en donnant des coups de têtePa peliar a cabezasos

Toujours le créole doit se battreSiempre el criollo ha de peliar
La nuit et à moitié ivreDe noche y medio machao
C'est dommage, cousinEs una pena, cuñao
Que parfois pour une tuniqueQue a veces por una tuna
On obscurcisse des nuits de LuneSe nublen noches de Luna
Et des ciels étoilésY cielitos estrellaos

Une chanson sort facilementUna canción sale fácil
Quand on veut chanterCuando uno quiere cantar
C'est une question de voir et de penserCuestión de ver y pensar
Aux choses du mondeSobre las cosas del mundo
Si la rivière est large et profondeSi el río es ancho y profundo
Je traverse celui qui sait nagerCruzo el que sabe nadar

Que d'autres chantent des joiesQue otros canten alegrías
S'ils ont vécu heureuxSi es que alegres han vivido
Que moi aussi j'ai suQue yo también he sabido
M'endormir dans ces tromperiesDormirme en esos engaños
Mais ce furent plus les annéesPero han sido más los años
De coup de bâtons reçusDe porrazos recibidos

Personne ne pourra me reprocherNadie podrá señalarme
De chanter par amertumeQue canto por amargao
Si je suis passé par ce que j'ai passéSi he pasao lo que he pasao
Je veux servir d'avertissementQuiero servir de advertencia
Rouler ne sera pas une scienceEl rodar no será cencia
Mais ce n'est pas un péché non plusPero tampoco es pecao

J'ai parcouru le mondeYo he caminao por el mundo
J'ai traversé des terres et des mersHe cruzao tierras y mares
Sans frontières qui m'arrêtentSin fronteras que me pare
Et dans n'importe quel abriY en cualesquiera guarida
J'ai chanté, terre chérieYo he cantao, tierra querida
Tes joies et tes douleursTus dichas y tus pesares

Parfois, il arrive que le chantA veces, caiban al canto
Vienne comme un troupeau à l'abreuvoirComo vacaje a la aguada
Pour écouter mes versPara escuchar mis versadas
Des hommes de tous les ventsHombres de todos los vientos
Entrelaçant leurs sentimentsTrenzando sus sentimientos
Au rythme de la cordeAl compás de la encordada

Pauvre de celui qui ne sait pasPobre de aquel que no sabe
Les beautés du chantDel canto las hermosuras
La vie, la plus obscureLa vida, la más oscura
Celle qui a le plus de ruptureLa que tiene más quebrantos
Trouve toujours dans le chantHallará siempre en el canto
Le réconfort pour sa tristesseConsuelo pa su tristura

Ils disent que les rivières n'ont pas de chantsDicen que no tiene canto
Celles qui sont profondesLos ríos que son profundos
Mais j'ai appris dans ce mondeMás yo aprendí en este mundo
Que celui qui a le plus de profondeurQue el que tiene más hondura
Chante mieux parce qu'il est profondCanta mejor por se hondo
Et fait mille à partir de son amertumeY hace mil de su amargura

Avec les tours du cheminCon los tumbos del camino
Les charges commencent à se tordreSe entran a torcer las cargas
Mais c'est la loi qu'en longue empreintePero es ley que en huella larga
Ils doivent s'adapterDeberán acomodarse
Et celui qui en arrive à oublierY aquel que llega a olvidarse
Les vivra amèrementLas ha de pasar amargas

Amis, je vais partirAmigos, voy a dejar
Ma part est accomplieEstá mi parte cumplida
Dans la forme préféréeEn la forma preferida
D'une milonga de la pampaDe una milonga pampeana
J'ai chanté de façon simpleCanté de manera llana
Certaines choses de la vieCiertas cosas de la vida

Maintenant je pars, je ne sais oùAura me voy, no sé adónde
Pour moi, toute direction est bonnePa' mí todo rumbo es güeno
Les champs, bien qu'ils soient étrangersLos campos, con ser ajenos
Je les traverse d'un petit galopLos cruzo de un galopito
Je n'ai pas besoin de refugeGuarida no necesito
Je sais dormir à la belle étoileYo sé dormir al sereno

Il y a toujours quelque désolationSiempre hay alguna tapera
Au pied d'une montagneEn la falda de una sierra
Et tant que cette guerre continueY mientras siga esta guerra
D'injustices pour moiDe injusticias para mí
Je penserai depuis là-basYo he de pensar desde allí
À des chansons pour ma terreCanciones para mi tierra

Et même s'ils me prennent la vieY aunque me quiten la vida
Ou enchaînent ma libertéO engrillen mi libertad
Et même s'ils brûlent peut-être¡Y aunque chamusquen quizá
Ma guitare dans les feuxMi guitarra en los fogones
Mes chansons vivrontHan de vivir mis canciones
Dans l'âme des autres!En l'alma de los demás!

Ne m'appelez pas, c'est un péché¡No me nuembren, que es pecao
Et ne commentez pas mes trilles!Y no comenten mis trinos!
Je pars avec mon destinYo me voy con mi destino
Vers le côté où le soleil se perdPa'l lao donde el Sol se pierde
Peut-être que quelqu'un se souviendra¡Tal vez alguno se acuerde
Qu'ici a chanté un argentin!Que aquí cantó un argentino!


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