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Le Jour aux Mille Faces

Astrikos Katoikos

Le carreau se peuplait de cités
Des royaumes germaient dans la cuisine
Une mouche emportait six longs étés
Dans l'aile où frémissait l'heure opaline

Le bleu gagnait des siècles de profondeur
Des continents naissaient dans la matière
Ce que je croyais tapi au-dehors
Venait dissoudre une ancienne frontière

Les yeux fermés, l'espace était plus grand
Les yeux ouverts, il poursuivait sa course
Des formes enfantaient incessamment
D'autres formes étrangères à leur source

Une voyelle abritait une saison
Des signes inconnus rongeaient les phrases
Le verbe désertait sa définition
L'air engendrait d'improbables syntaxes

LSD
Qui sema ces mondes dans la lumière?
LSD
Qui mit tant de siècles au fond de moi?
Douze heures brûlaient dans une poussière
Mille ans mouraient dans un unique émoi

Je cherchais la lisière de la matière
Elle reculait au rythme de mes pas
Au-delà naissait une autre terre
Au-delà de cette terre, je n'étais plus là

Des inconnus portaient mes souvenirs
Des morts futurs reconnaissaient ma face
J'avais cinq ans, puis l'âge des empires
Puis l'âge obscur des espèces qui passent

J'étais fœtus, vieillard, bête marine
Insecte ancien guettant l'astre fatal
L'homme apparaissait dans ma rétine
Comme un bref accident de l'animal

Quelque chose advint, privé de visage
Présent partout, sans bouche et sans regard
Les objets échangeaient leur vieux langage
Des signes pullulaient jusque dans le hasard

La table ignorait-elle qu'elle était table?
Mon crâne était-il demeure ou prison?
Je traquais le souverain introuvable
Qui signait de mon moi chaque vision

LSD
Qui sema ces mondes dans la lumière?
LSD
Qui mit tant de siècles au fond de moi?
Douze heures brûlaient dans une poussière
Mille ans mouraient dans un unique émoi

Je cherchais la lisière de la matière
Elle reculait au rythme de mes pas
Au-delà naissait une autre terre
Au-delà de cette terre, je n'étais plus là

Le temps semait ses enfants dans la chambre
L'un était vieux, l'autre allait advenir
L'un recommençait décembre après décembre
Sans parvenir pourtant à s'abolir

Je vis ma mort dépouillée de sentence
Sans tribunal, sans verdict solennel
Et celui qui redoutait son absence
Me parut soudain presque irréel

Qui pense au moment précis de la pensée?
Qui voit lorsque nul ne siège dans les yeux?
Quel animal s'était donc imaginé
Mesurer l'inconnu, la nuit et les cieux?

La question perdit jusqu'à sa grammaire
Demain cessa de succéder à demain
Les heures s'accouplèrent à l'envers
Et mille vies surgirent d'un matin

Plus tard, les murs retrouvèrent leurs distances
La porte reprit son ancienne fonction
Le sol abandonna ses extravagances
Le jour rétablit sa juridiction

Pourtant, dès qu'un homme affirme connaître
Ce qu'est le monde et ce qu'il restera
Je revois cette mouche à la fenêtre
Six étés prisonniers dans son mica

Je revois les royaumes de la cuisine
Les siècles comprimés dans un instant
Cette aile dérisoire et opaline
Où l'univers semblait tenir pourtant


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